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mehdibxl Fondateur-Webmaster

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 | Sujet: PRISON ET HOMOSEXUALITE Jeu 22 Nov - 11:11 | |
| VARIATIONS AUTOUR D’UNE PRETENDUE HETEROSEXUALITE
« Mes nuits sont hantées par les bruits que j’entendais là-bas, dont les pires sont sans doute les hurlements des détenus, en particulier ceux des nouveaux venus sodomisés dès leur arrivée par leurs compagnons de cellule, sans que nous puissions intervenir. » Loïk LE FLOCH-PRIGENT, Le Nouvel Observateur, 23 janvier 1997
Les viols et l’homosexualité en prison figurent en bonne place parmi ces thèmes régulièrement évoqués pour susciter, immanquablement, l’indignation. En outre, sous couvert d’un exotisme barbare, ils sont propres à exciter des fantasmes répandus, mais inavouables (comme le sado-masochisme). Certes, dans le contexte fortement hétérosexiste de la prison, certaines pratiques visent à produire un simulacre d’hétérosexualité. Mais les rapports homosexuels consentis, marchandés ou contraints (et surtout le discours de légitimation qui les entoure) doivent en fait être analysés davantage dans une perspective d’hétérosexisme que dans celle d’une homosexualité de privation.
A. FANTASMES ET REALITES AUTOUR DES VIOLS EN PRISON Parmi les nombreux genres du cinéma pornographique - particulièrement stéréotypé -, celui du film « de prison » a ses amateurs. Le milieu carcéral permet de mettre en scène l’homosexualité (entre détenu-e-s) et le sadisme (entre gardiens et gardés). Après le film précurseur de Lee Frost, Nazi Love Camp 7 (1969), la « sexploitation » a, au début des années 1970, quelque peu monopolisé le créneau, avec notamment Women in Cages (Leon, 1971), The Big Bird Cage (Hill, 1972) ou Cage Heat (Demme, 1974). Récemment, Lynghøft, signataire du Puzzy Power Manifesto (1997), a renouvelé le genre avec Pink Prison (1999), qui renverse le schéma classique en mettant en scène une journaliste érotomane dans une prison d’hommes.
Objet de fantasmes, la sexualité en prison est pourtant bien mal connue. La connaissance des violences sexuelles dans les prisons françaises est affectée par l’existence de deux récits-écrans : la situation américaine (dont certains aspects, notamment en termes de représentations collectives, sont certes valables ici) et les écrits de Genet. Il ne faudrait pas prendre ses fantasmes pour la réalité, même s’il nous a dévoilé les rapports entre les « gosses » de la colonie pénitentiaire de Mettray et expliqué la distinction entre le « mac » (qui affiche son mépris pour les femmes) et la « tante ». 229
1. Le viol au masculin1Les viols sont d’abord commis par des hommes à l’encontre de femmes. Les viols d’hommes, certes moins nombreux, sont néanmoins un phénomène universel, en particulier dans toutes les institutions masculines closes (armée, couvent, etc.). Ainsi, dans les années 1980, les viols auraient été relativement courants dans l’armée russe : les « dedovchtina » (viols de jeunes recrues) étaient commis par les anciens, appelés « dtariki » ou « ded ». On sait depuis longtemps que des viols se produisent dans les prisons (Brownmiller, 1976, 313-326). Le récit de son incarcération dans les geôles turques par Billy Hayes (1977), et le film Midnight Express qui en a été tiré par Parker (1978), est célèbre. En Turquie également, Zana évoque (La Prison n°5, 1995, 28-29) l’utilisation de tortures à caractère sexuel. Dans les prisons cubaines, Valladares raconte (1986, 95) que les surveillants laissaient sciemment les prisonniers politiques se faire violer par les autres prisonniers. Au goulag (Albertini, in Tin, 2003, 197-199), la fréquence des rapports sexuels contraints ont donné naissance à un vocabulaire spécifique. Dostoïevski, dans La Maison des morts (2000), avait parlé du « peuple étrange ». Plusieurs décennies après, les déportés qui subissaient le viol des « droits communs » (les « chiennes ») étaient appelés «opouchtchennie », « chèvre » ou « coq ». Les agresseurs les plus « fougueux » étaient surnommés « chevriers », « tâte-coqs » ou « gâche-mortiers ». Les viols collectifs de jeunes (« kollektivka ») étaient également régulièrement signalés. Du reste, d’après Kouznetsov (1981, 79), une majorité de déportés auraient eu des relations homosexuelles : sur 83 prisonniers, il signale 18 « passifs » (victimes) et 30 « actifs » (violeurs).
Les viols d’hommes, par leur caractère souvent collectif et/ou répétitif, semblent généralement conduire à la redéfinition de l’identité de leurs victimes. La description faite par Boukovski (1978, 316), célèbre dissident qui a passé douze ans dans les prisons et hôpitaux psychiatriques soviétiques, suggère une certaine universalité de l’économie des relations masculines dans les institutions « totales » : A part les institutrices, il n’y avait pas de femmes au camp. L’homosexualité fleurissait et les pédérastes passifs portaient des petits noms de femmes : Machka, Lioubka, Katjka. Sous ce rapport, la tradition des « droit commun » était d’un illogisme déconcertant. Le pédéraste actif passait pour un brave, mais ceux qui s’y prêtaient passivement se couvraient d’infamie. Il n’était pas d’usage de manger à table à côté d’eux et d’ailleurs au réfectoire, ils s’asseyaient généralement dans un coin à part. Et puis ils avaient une vaisselle spéciale - qu’on n’aille pas, misère, faire des mélanges ! - on perçait un petit trou tout en haut du rebord de l’écuelle. De même, prendre quelque chose de leurs mains :cela ne se faisait pas. La majeure partie de ces réprouvés n’en était nullement venue là de gaieté de cœur. La plupart du temps, pour avoir perdu aux cartes, ils avaient été forcés de payer la mise en nature et ensuite, le premier à qui ça chantait pouvait les contraindre à l’acte : la loi du camp ne les protégeait plus. Combien de braves petits gars ont été démolis de cette façon-là, il est difficile d’en faire le compte. Dans la zone, il y en avait peut-être dix sur cent.
1 L’universalité des viols collectifs, notamment dans les prisons, dément la présentation faite, depuis 2001, par les médias d’une spécificité des « tournantes ». Voir, à ce sujet : Mucchielli (2005). 230 2. Les viols et les rapports contraints dans les prisons américaines Jimmy Lerner, arrivant au pénitencier de l’État du Nevada, s’entend dire par un surveillant : « Votre hobby ici sera de vous sucer et de vous enculer les uns les autres ; il y a plein de prostitués homosexuels et certains ont de plus beaux nichons (“tits”) que vos vieilles bonnes femmes » (2002, 52). Rien de surprenant pour celui qui a pu lire les récits de Carr (1978) et de Himes (1990) ou voir Animal Factory (Buscemi, 2000), inspiré du livre, publié en 1971, de Bunker (2001). Depuis le scandale suscité par l’article de Davis (1968)1, les prisons américaines sont devenues le lieu fantasmagorique d’une violence sexuelle extrême et de rapports de domination inhérents.
À cet égard, l’argot américain des prisons est significatif. Il y a d’abord les « queens » (appelées aussi « bitches » ou « ladies ») : ce sont des travestis, respectés comme de « vraies femmes ». Le terme « punk » (ou « fuck-boy », « sweet kid », etc.) désigne celui, d’orientation hétérosexuelle à son incarcération, qui est « retourné » (« turned out ») par un viol (généralement collectif), la menace convaincante d’un viol ou l’intimidation. Ces rapports contraints donnent naissance à des relations qui sont prises au sérieux, car elles impliquent l’obligation pour « l’homme » (« man », « wolf »1) de défendre son partenaire, si nécessaire par la violence, et pour le dominé de lui obéir. Ces liens peuvent donner lieu à une cérémonie parodique de « mariage », à laquelle tous les codétenus sont conviés. La réciprocité sexuelle est rare et, quand elle existe, elle est généralement tenue secrète.
Les récits de « punks » sont peu nombreux : citons toutefois celui de Tucker (A Punk’s Song, 1982), la nouvelle de Braly (On the Yard, 1967), tirée de son expérience de détenu en Californie, et la pièce de l’ex-détenu canadien, Herbert (1967), adaptée au cinéma par Hart (Des prisons et des hommes, 1971). Ces témoignages évoquent cependant comment les « punks » sont astreints aux tâches matérielles et comment ils peuvent être vendus, échangés, loués par leur « homme ». Du reste, les « queens » étant fortement estimées (car rares et d’apparence féminine), elles tendent à avoir davantage d’autonomie que les « punks ». Leur sortie de ce rapport de protection et de sexualité contrainte se révèle en fait très difficile, comme le relate Thibault (1989, 21-22) : Mais au bout de huit mois je n’en pouvais plus, j’en avais assez de servir de serin à des gars de 35 ans et plus pour simplement bénéficier de leur protection. Je n’avais aucune tendance homosexuelle. J’ai dit non et, pour me soustraire à cette exploitation sexuelle, j’ai pris un moyen extrême. Selon Eigenberg (1992), les « homosexuels situationnels passifs » sont des hétérosexuels, qui, souvent par coercition, rarement volontairement, ont des rapports homosexuels durant l’incarcération. Le « wolf », l’« homosexuel situationnel actif » est un hétérosexuel dont le prestige sera supérieur s’il possède un « punk » plutôt qu’un vrai homosexuel, car cette possession implique coercition, conversion et pouvoir. Enfin, l’« homosexuel situationnel » se considère comme hétérosexuel et veut que les autres le considèrent comme tel. En outre, Donaldson (1990) explique que, sexuellement, les « hommes » sont uniquement ceux qui s'activent pénètrent : avoir été pénétré exclut définitivement de cette catégorie. La pénétration sexuelle d’un autre prisonnier par un « homme » est autorisée par la sous-culture carcérale et considérée comme certifiant la masculinité de « l’homme ». La masculinité est toutefois une situation précaire : elle peut se perdre à tout moment du fait d’un homme plus fort ou plus agressif, un « homme » étant supposé « se battre pour sa masculinité ». De plus, la sexualité (ou, plus exactement, le viol) est souvent une activité de groupe car être vu au cours d’une activité sexuelle « masculine » valorise la virilité. Tout jeune homme entrant dans une institution confinée serait testé sur sa capacité à préserver sa masculinité. Les viols seraient moins fréquents dans les prisons que dans les « jails » et « reform schools » : la plupart des détenus susceptibles d’être violés y auront déjà appris à s’accommoder du rôle de « punk » et seront « accrochés » (« hook up ») par un « protecteur » dès leur arrivée. Cette économie des rôles sexuels a longtemps été considérée comme appartenant pleinement à la sous-culture carcérale. D’ailleurs, dans l’étude de Wormser et al. (1983, 297-303), réalisée dans dix-sept centres pénitentiaires américains, 30% des détenus révélaient avoir eu des relations homosexuelles pendant leur détention. L’Administration se servirait d’ailleurs de cette situation en menaçant régulièrement les arrivants d’être mis en cellule avec des violeurs notoires afin d’en faire des informateurs. Rapidement menacé de subir des rapports contraints, les protections qui sont proposées au nouveau venu par des détenus plus âgés et/ou plus expérimentés ne sont pas toujours aussi désintéressées que celle-ci : Ça fait cinq ans que je suis là et je suis plutôt un salaud. T’as aucun intérêt à ce qu’on te voie avec moi. J’ai comme qui dirait une mauvaise réputation que je ne mérite pas vraiment. Ici, ils jureront que t’es une tante et te courront après jusqu’à ce que tu craques. (Himes, 1990, 236)
Les viols en détention, individuels ou collectifs, ont donc longtemps été signalés comme courantes dans les enquêtes sociologiques américaines (Jackson, Christian, 1986). La criminologie nord-américaine a également abondamment décrit un modèle de violence sexuelle liée à la question raciale (avec un assaillant noir et une victime blanche). Davis (1968, 8-16) a travaillé, durant 26 mois, dans les prisons de Philadelphie, à partir de 3 304 entretiens de prisonniers et de 129 cas d’agressions sexuelles. Selon lui, l’agresseur et la victime seraient blanches dans 13% des cas, l’agresseur et la victime noires dans 29% des cas et, enfin, l’agresseur noir et la victime blanche dans 56% des cas.
L’étude réalisée par Wooden et Parker (1982) dans une prison de sécurité moyenne est l’unedes plus complètes. Les auteurs ont néanmoins formulé certaines précautions quant aux résultats : d’une part, seuls les incidents ayant affecté les détenus dans la prison étudiée ont été comptabilisés, d’autre part, les chiffres donnés sous-estimeraient certains comportements, comme les agressions sexuelles. Selon eux, 55% de ceux qui se désignent comme hétérosexuels déclarent avoir eu une activité sexuelle durant leur incarcération dans cette prison : 38% des blancs, 55% des hispaniques et 81% des noirs. 14% des prisonniers (9% des hétérosexuels et 41% des homosexuels) disent avoir été sexuellement agressés. 19% des prisonniers (100% des homosexuels et 10% des hétérosexuels) ont été fréquemment « accrochés » (« hooked up ») par un protecteur. Enfin, 64% des prisonniers se désignant comme homosexuels disent avoir été confrontés au harcèlement sexuel (82% des blancs et 49% des noirs) et 41% y auraient cédé. Néanmoins, la majorité des auteurs s’entendent aujourd’hui pour remettre en cause ce modèle d’accès à la sexualité et des violences sexuelles. Lockwood (1980) a ainsi conclu à la rareté du phénomène du viol homosexuel. Selon Toch (1976) et l’ancien détenu Irwin (1980), il se serait agi d’un phénomène temporaire dans les années 1950-60. . _________________ webmester bab al hourria http://beurgay.free.fr et harraga http://zimigri.free.fr blog : http://mehdibxl.skyblog.com 
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 | Sujet: Re: PRISON ET HOMOSEXUALITE Jeu 22 Nov - 11:16 | |
| B. LES AGRESSIONS ET LES RAPPORTS SEXUELS CONTRAINTS Evoquer le viol en prison va à l’encontre du « sens commun », selon lequel l’auteur d’un viol est forcément un homme et sa victime vraisemblablement une femme : les viols existent cependant entre femmes, ils existent également entre hommes. 1. Dans les quartiers de détention de femmes Les femmes ont ordinairement davantage à craindre des hommes que des autres femmes. On connaît l’usage qui a été fait des viols quasi systématiques à l’encontre des femmes dans toutes les situations d’extrême violence, comme les conflits armés ou les camps de concentration nazis. Dans ceux-ci, l’institutionnalisation du viol - Kogon (1960, 123-124), Brownmiller (1976, 79-81) - a même abouti à l’instauration de « bordels »1. Les femmes rencontrées n’ont jamais évoqué leur crainte d’une agression sexuelle par le personnel (féminin ou masculin) pénitentiaire. Pourtant, au moment où se déroulait notre enquête était médiatisée la plainte pour viol d’une détenue des Baumettes (voir supra, p. 233). L’objet de notre recherche n’est pas la quantification de certaines pratiques : nous nous intéressons aux représentations que les individus ont de la sexualité et des pratiques sexuelles. Toutefois, outre le scandale des viols de détenus trans-genres2 (voir infra, p. 263), quelques condamnations récentes d’agents pénitentiaires et/ou de l’Administration prouvent l’existence d’agressions sexuelles commises par des surveillants. Le 7 mars 2000, le Conseil supérieur de la fonction publique a confirmé l’exclusion temporaire de six surveillants et la révocation de l’exdirecteur de la maison d’arrêt de Beauvais (Oise), André Asquoët, pour « mauvais traitement », et notamment « harcèlement sexuel à l’encontre des femmes détenues ». La mission d’enquête de l’Inspection des services pénitentiaires, menée en avril 1998, avait notamment prouvé que le directeur désignait les détenues de « putains » et de « salopes » à son personnel. Le directeur a reconnu qu’en se rendant au quartier des femmes, il invitait ses adjoints à l’accompagner pour « se faire sucer ». Les agressions sexuelles et les viols existent également entre femmes détenues. Boucard(1930, 193-195) en rapportent dans les prisons françaises du début du XXe siècle. Et aujourd’hui ? Nulle trace dans les recherches sociologiques françaises : ni chez Rostaing (1997),
1 Voir les témoignages de Tzetnik (1955) et de Minney (1966), qui évoquent en particulier le « bordel des prisonnières aryennes » à Auschwitz. 2 Nous préférons le terme de « trans-genre » à celui de « transsexuel » car il met l’accent sur le rapport de l’intéressé à son sexe social et non à son sexe biologique. 233 ni chez Welzer-Lang (1996, 194-198). En France, comme à l’étranger, les viols dans les prisons d’hommes monopolisent l’attention. Pourtant, à l’étranger, des violences sexuelles entre femmes sont parfois signalées : elles ne seraient pas rares au Royaume-Uni (Albrecht, Guyard, 2001, 167), notamment dans les établissements d’Holloway (Londres), Bullwood Hall (Essex) et Risley (Cheshire). A l’écoute de leurs témoignages, on est consterné par la fréquence des agressions sexuelles qu’ont subies, dehors, les femmes détenues : viols et incestes ponctuent leurs récits... comme d’ailleurs le rapport violent à la sexualité qu’est la prostitution. La détention peut receler, pour ces femmes, un bénéfice secondaire : « au moins », dedans, on n’est pas sollicitée, on peut même se sentir - enfin - protégée des hommes. Les récits des détenues sont souvent tragiques, à l’instar de celui d’Estelle, incarcérée à la maison d’arrêt de Pau : « Mon oncle a été condamné à treize ans de prison pour m’avoir violée. Il va sortir quand je serais encore dedans... » Nous avons déjà évoqué (voir Première partie, p. 105) l’histoire de Mounia, détenue au centre de détention de Bapaume, dont les deux enfants sont nés d’un inceste et de la prostitution. Elle est sans doute la détenue rencontrée qui semblait la plus consciente de l’existence d’agressions sexuelles en détention :
J’ai une amie qui a été violée en prison. Elle a porté plainte contre quatre filles... Ici, y a une pointeuse qui a essayé de violer une détenue. Mais moi, je ne me laisse pas faire... La seule femme détenue qui nous a confié avoir été victime, en détention, d’une agression sexuelle par une autre femme est Dany. Les faits se sont déroulés dans l’établissement (centre de détention de Bapaume) où elle est encore incarcérée et ils nous ont été confirmés par de nombreuses autres interlocutrices : J’ai failli me faire violer par une détenue... Ça a foutu un gros, gros fouillis. J’avais prévenu la surveillante la veille, le soir. Elle l’a même écrit dans le cahier. Elle me faisait des avances, des menaces : « Même si tu ne veux pas, je te violerais ! » Le lendemain, ça a recommencé... A un moment, heureusement, la surveillante était dans ma cellule... Elle arrive, tape à ma porte, alors la surveillante se cache... [...] Heureusement qu’il y avait du monde... Ils l’ont mise au mitard, et maintenant, elle est en détention normale, mais j’évite de la croiser, elle me fait peur. Le pire dans cette histoire, c’est que le mitard, elle se l’est pris pour les insultes, les coups qu’elle a foutu à la surveillante. Pour mon agression, elle a rien eu : « manque d’éléments ». Les surveillants m’ont conseillé de porter plainte. C’est ce que j’ai fait, même si normalement ça ne se fait pas de porter plainte contre une autre détenue, mais là... C’est vrai, on doit être solidaire, mais bon... Le pire, c’est qu’elle a déjà essayé avec deux autres dans les douches.
Les femmes sont quelques fois auteurs de violences sexuelles. Dans les prisons, certaines sont néanmoins incarcérées pour ce type de délit/crime, souvent commis avec la complicité de leur conjoint : elles sont parfois même désignées comme des « pointeurs », voire des « pointeuses » par leurs codétenues. Alors que la délinquance sexuelle des hommes est largement étudiée, celle des femmes l’a été très rarement (voir néanmoins Melcher, 2002). En s’inspirant de la formule de Bataille, on pourrait dire que les violences sexuelles commises par les femmes seraient leur « part deux fois maudite », car elles renvoient à des pulsions d’autant plus inacceptables qu’elles sont, a priori, invraisemblables _________________ webmester bab al hourria http://beurgay.free.fr et harraga http://zimigri.free.fr blog : http://mehdibxl.skyblog.com  |
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 | Sujet: Re: PRISON ET HOMOSEXUALITE Jeu 22 Nov - 11:33 | |
| 2. Dans les quartiers de détention d’hommes Dès les années 1970, les récits de viols en détention ne sont pas rares dans les écrits d’anciens détenus : Mizaine (1972), Charmes (1974) ou Girier - dit « René la Cane » - (1977). Quelques années plus tard, Agret a raconté le viol d’un jeune par ses codétenus dans La Justice à deux doigts près (1985, 127). Plus récemment, un surveillant (Lambert, 1999) a également évoqué cette question. Ces détenus ont évoqué les viols (sans jamais avouer en avoir été l’auteur) qui transforment, définitivement, un détenu en « gonze ». Le nombre impressionnant de synonymes de ce terme (« fiotte », « giton », « môme », « lope », « lopette », etc.) suggère d’ailleurs une relative banalité de ces faits. On retrouve ici la division - évoquée à propos des prisons américaines - entre les « actifs » et les « passifs », ainsi que la conviction de la plupart des « macs » (« actifs ») que leur comportement ne relève pas de l’homosexualité. « Se taper un homo », c’est se désigner comme « pédale ». Boudard (1997, 57) résume ainsi les enjeux de ces catégories : Avec les us et coutumes du milieu on est en porte à faux. Quiconque se hasarde sur ce sentier interdit perd sa qualité d’homme... Il devient une pédale, une tante... un être inférieur. Il règne souvent une grande confusion dans les représentations de l’homosexualité et des violences sexuelles : il est fréquent de lire, dans les témoignages sur la prison, que les détenus qui se font violer deviennent homosexuels. Cela participe d’une forme de déni de la victime qui, finalement, peut être soupçonnée d’avoir provoqué son agresseur ou d’avoir pris plaisir à son agression. Médecin à l’hôpital pénitentiaire de Fresnes, Diennet (1972, 74) n’échappe pas à ce genre d’incohérences : Un type sur trois est pédéraste en prison... Ils ne le sont pas toujours en entrant, ni en sortant d’ailleurs, mais pendant le temps qu’ils restent en taule, un tiers devient homosexuel... Cela se passe de la façon suivante : un jeune gars entre dans une cellule où il y a déjà deux ou trois détenus... Il se fait coincer par ses aînés et se fait « enculer »... Les homosexuels « médicalement reconnus » sont installés dans une division spéciale qui leur est réservée. Là, tranquilles, ils peuvent s’en donner à cœur joie...
Mesurer les violences sexuelles On sait que le taux de plainte des victimes de violences sexuelles est inférieur à celui des autres types de victimes, même s’il tend à augmenter (Robert et al., 1994). Il est donc difficile de mesure l’ampleur des agressions sexuelles, même si elles sont présentées par les détenus comme non rares. Les propos de l’ex-détenu « V.I.P. » de La Santé (Paris), Le Floch-Prigent, dans le Nouvel Observateur (23 janvier 1997, 1681), ont marqué l’opinion. Le directeur de l’Administration pénitentiaire, G. Azibert, a « dénonc[é] vigoureusement de tels propos, [...] de nature à jeter gratuitement l’opprobre sur l’ensemble des intervenants en milieu carcéral ». L’UFAP, le soutenant, a demandé au garde des Sceaux, J. Toubon, d’engager des poursuites (Nouvel Observateur, 20 février 1997, 1685). Pourtant, le 8 avril 2000, l’UFAP, par une lettre adressée à la ministre de la Justice, déclare que « les viols continuent à être perpétrés inéluctablement au centre pénitentiaire de Remire-Montjoly » en Guyane (dépêche A.F.P., 8 avril 2000). En octobre 1996, la cour d’assises de Paris a condamné deux détenus, pour les viols de codétenus, à La Santé, à huit et six ans d’emprisonnement. Ce procès a alors été présenté comme une première judiciaire. Battu, drogué et violé, la victime n’osa se plaindre à l’Administration que de « brimades », mais elle obtint d’être changée de cellule. Peu de temps après, rencontrant un codétenu lui aussi violé par ses mêmes agresseurs et apprenant que l’un d’eux est séropositif, il décida de porter plainte. Son témoignage, le 11 octobre 1996, est atterrant : A mon arrivée le samedi à La Santé, on ne voulait pas de moi dans cette cellule, j’ai tout de suite reçu une gifle. Le blond à moustache [...] a pris dans mon paquetage ce qui l’intéressait. Le soir, ils ont regardé le film porno et la boxe. Le lendemain, j’ai dû laver le lavabo et les waters. Quand j’ai heurté son assiette, j’ai reçu des coups. Ils m’ont forcé à faire une lettre pour changer de cellule... Et puis [X***], devenu tout doux, m’a servi un café et j’ai sombré dans une torpeur. En pleine nuit, je me suis réveillé, j’ai senti une masse lourde et une lame qui me tailladait le cou. Il puait la bière. J’ai eu mal pendant trois jours, mais j’ai pas osé le dire à la directrice. Les condamnations pour des agressions sexuelles commises en détention deviennent relativement fréquentes. Ainsi, le 2 février 2000, la cour d’assises du Val-de-Marne a condamné un détenu à sept ans de prison pour avoir violé un codétenu, à plusieurs reprises, en décembre 1997, à la maison d’arrêt de Fresnes. Le 8 mars 2000, la cour d’assises de l’Eure a condamné un détenu à douze ans de réclusion pour le viol (en récidive) d’un codétenu sous la menace d’une arme, en 1996, au centre de détention de Val-de-Reuil. La veille, un détenu avait été condamné à huit ans de prison pour les viols de deux codétenus à Gradignan (Gironde). Le 27 juin 2001, la cour d’assises de la Charente a prononcé des peines de un à quatre ans de prison à l’encontre de détenus : ils ont été reconnus coupables de viols et de violences commis, à la maison d’arrêt d’Angoulême, entre le 24 décembre 1998 et le 4 janvier 1999, sur un codétenu. Et le 28 juin 2002, la cour d’assises de l’Isère a condamné un détenu à huit ans de prison pour le viol d’un codétenu, à la maison d’arrêt de Grenoble-Varces. Les faits s’étaient déroulés, au Service Médico-Psychologique Régional (S.M.P.R.), entre juin 1997 et mai 1998. En outre, la responsabilité de l’Administration a été reconnue dans le cas de viols commis par un codétenu. Le 6 février 1999, le tribunal administratif de Rouen a ainsi condamné l’Etat, pour faute lourde, pour les violences et les sévices sexuels infligés par des détenus, en 1995, à un codétenu. L’Administration pénitentiaire a été reconnue responsable à 20%, pour « défaut de placement » et « faute de surveillance » et le ministère de la Justice a été condamné à verser 5 150 euros d’indemnisation. Le détenu victime de ce viol (qui d’ailleurs n’était pas incarcéré pour un « sale délit ») a été ensuite confronté à l’hostilité des autres détenus pour avoir « balancé » ses agresseurs. Ces condamnations demeurent certes exceptionnelles, mais elles participent à une représentation collective de plus en plus répandue des surveillants comme indifférents à ces viols. Du reste, le surveillant Lambert (1999), pour avoir dénoncé le viol d’un jeune détenu, a pourtant été récompensé par un blâme de sa hiérarchie. Cette image d’insensibilité aux viols des surveillants est néanmoins mal vécue par les intéressés. Le 12 février 2003, 80 d’entre eux, travaillant à la prison de Toul (Meurthe-et-Moselle), ont ainsi déposé une plainte en diffamation contre Patrick Dils [1], qui déclarait dans son livre que le personnel n’avait pas réagi lorsqu’il a été violé en détention (L’Alsace, 14 février 2003). La présence des surveillantes dans les détentions d’hommes est couramment contestée par les agressions sexuelles à leur encontre qu’elle susciterait. Les faits réfutent cette objection. Les médias (dépêche Agence France Presse, 18 octobre 2002) ont certes rapporté l’agression sexuelle, à la maison centrale de Riom (Puy-de-Dôme), d’une surveillante par un détenu. Celui ci a d’ailleurs été condamné, le 19 mars 2004, à quinze ans de réclusion criminelle. Il n’est pas ici question de minimiser la gravité d’un tel acte, mais il demeure unique dans la masse des agressions et violences rapportées par le personnel pénitentiaire. _________________ webmester bab al hourria http://beurgay.free.fr et harraga http://zimigri.free.fr blog : http://mehdibxl.skyblog.com  |
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 | Sujet: Re: PRISON ET HOMOSEXUALITE Jeu 22 Nov - 11:34 | |
| Discours et légitimation des violences sexuelles Même s’ils le pensaient lors de leur incarcération, rares sont les détenus qui estiment que les agressions sexuelles et les viols sont uniquement des rumeurs. On distingue nettement deux types de discours sur ce sujet. Selon le premier type, les victimes sont toujours les autres : « ça ne peut pas m’arriver » puisqu’« on ne s’attaque pas à n’importe qui ». Il existe effectivement des catégories bien définies de victimes « désignées » et/ou légitimes : les homosexuels (déclarés ou ceux dont l’apparence - attitude, habillement, etc. - correspond aux standards, socialement admis, de l’homosexualité), les « pointeurs », les « faibles » (psychologiquement ou physiquement) et les « balances ». Hocine (maison d’arrêt de Pau) déclare ainsi : « Les homos, si y en a qui crèvent la faim, ils passent à la casserole ! Mais les homos, c’est plus fréquent chez les femmes, y a plus de frustration, obligé... » Les agressions sexuelles ? J’ai vu des choses phénoménales ! Les viols, en maison d’arrêt, c’est classique ! Le violeur, il s’en prend plein la gueule, y en a qui se font sodomiser avec un balai... Moi, j’ai jamais eu de menaces, c’est ma force de caractère qui fait ça. Quand vous arrivez, on vous teste... (Mikaël, centre de détention de Bapaume) Les agressions, il y en a... On ne peut pas dire le contraire. Tout se sait. Les surveillants finissent par lâcher le morceau, et après, c’est radio Baumettes ! On a entendu la dernière fois, dans une cellule de trois, à côté... On l’appelait Iggy Pop, c’était un psychiatré. Après, les deux sont allés au cachot, et les flics sont venus. La pénitentiaire a porté plainte, elle ne laisse pas passer ce genre de choses... (Saïd, maison d’arrêt des Baumettes) Mais ça s’est fait une fois dans la cour de promenade. Ça m’a pas choqué, j’ai tellement mal. J’ai été déçu, parce que c’étaient des gens intelligents qu’ont fait ça, et sur un handicapé, en plus.... Ils ont profité de ce gars-là. Rien n’a été vu, c’était derrière un mur... Y a aussi un « pointeur », [...] qui a été tatoué de force... Mais je ne veux pas en dire plus. (Gérard, maison d’arrêt de Pau) Il y a souvent des rumeurs de viol sur les pointeurs. Mais ce sont des rapports consentis de force, c’est une façon de mettre à l’amende. En plus, c’est pas forcément des pointeurs, ça arrive aux balances aussi. C’est pour les faire chanter. Les surveillants, ils ferment les yeux sur beaucoup de choses... En prison, il se fait violer celui qui le veut... (Boumediene, maison d’arrêt des Baumettes) Le second type de discours rencontré est celui des victimes « potentielles » : personnes incarcérées pour des délits/crimes à caractère sexuel, détenus (supposés) homosexuels, jeunes arrivants, etc. Le discours se fige autour d’un constat (« ça peut arriver à tout le monde ») et de sa conséquence : « Il faut se battre pour éviter les agressions. » La confrontation à la violence sexuelle est alors assimilée à une « socialisation carcérale », c’est-à-dire aux étapes normales de l’intégration, par la personne, de son identité de détenu. À l’issue de cette épreuve, soit le détenu est confirmé dans son statut de « vrai homme », soit il en est déchu et devient un « pédé ». La réponse de Gérard (maison d’arrêt de Pau) à la question de l’existence d’agressions sexuelles est fréquente parmi les victimes potentielles : « J’ai jamais subi une agression sexuelle... Je suis costaud, moi. » J’ai jamais été l’objet d’une agression sexuelle... Si tu peux faire un fer et planter quelqu’un, on te laisse tranquille... Par contre, les insultes, les crachats, de loin... c’est souvent. Le plus terrible, c’est que le système ne fait rien. Faut y ajouter le mépris des surveillants... Mais c’est normal, la fonction transforme l’individu ! (Raymond, maison d’arrêt de Pau) Quelqu’un a essayé de m’agresser sexuellement, mais je me suis battu. J’ai porté plainte, mais on m’a dit comme ça qu’il n’y a avait pas assez d’éléments... (Nordine, centre de détention de Bapaume) J’ai subi des agressions, mais comme tout le monde je suppose... Ici aussi il y a de la violence, mais moins qu’à l’époque [début de la peine en maison d’arrêt]. C’est surtout l’avidité, le racket... ou la volonté de posséder quelqu’un... [...] Les viols, en prison, ça peut arriver à tout le monde. J’en pense rien. Rien du tout. C’est la même chose que dehors. (Yannick, maison centrale de Clairvaux) Beaucoup de détenus admettent la légitimité des agressions (y compris sexuelles) à l’encontre des « pointeurs ». Certains reconnaissent y avoir participé, mais uniquement dans le passé. Il est important de préciser ici le sens donné au terme « pointeur » en prison. D’après Les Trésors de la Langue Française, le terme « pointeur » a d’abord été synonyme d’« homosexuel actif ». Cet usage est resté dans l’usage du verbe « pointer », qui signifie « violer ». Le substantif « pointe » désigne les agressions sexuelles en général. Il est donc indélicat de rappeler, par exemple, à un détenu sortant en permission son obligation de « pointer » à la Gendarmerie. Il existe, dans la plupart des argots de prison, un terme équivalent à « pointeur ». Dans le monde anglo-saxon, ce sont les termes « beast » (qui désigne aussi, dans l’argot noir américain, un « blanc ») et « nonce » (aussi utilisé pour désigner un « père violent » ou un « homosexuel »). Le partage (et la hiérarchisation) des détenus selon des délits/crimes considérés comme « sales » ou « propres » est observable dans tous les établissements pénitentiaires. Nous avons évoqué la capacité de chaque catégorie de délinquants à atténuer sa culpabilité (Première partie, p. 97). Il convient d’ajouter ici que la commission d’un viol ne fait pas forcément de son auteur un « pointeur » : certains viols sont en effet considérés comme « acceptables » (si la victime est la conjointe) ou « douteux » (si la victime a « mauvaise réputation »). D’autre part, le participant à un viol collectif échappe également souvent à l’étiquetage de « pointeur » [2] : pas parce que sa responsabilité serait atténuée par la nature collective de l’acte, mais parce que sa victime est rarement prise au sérieux. Les violences à l’encontre des « pointeurs » semblent surtout commises par les plus jeunes et des détenus en début de peine. Elles participent, pour reprendre les analyses de Robert et Lascoumes sur les bandes de jeunes (1974), à la définition d’un « out-group » et d’un « ingroup ». Les discours de justification de ces agressions sont très schématiques. L’argument de la punition est, de loin, le plus répandu, même s’il connaît plusieurs interprétations : de la plus sommaire loi du talion (« Au moins, ça leur apprend ») à la valeur éducative de l’exemple (« Ça évitera d’en tenter d’autres »). Ainsi, Charles, détenu à la maison d’arrêt des Baumettes, déclare : « J’accepte pas les gens comme ça... Faudrait carrément les jeter ailleurs. Au moins, avant, ils se faisaient tellement défoncer la gueule qu’ils ne recommençaient plus. » Beaucoup de détenus justifient également les agressions sexuelles (et plus généralement les violences) à l’encontre des « pointeurs » comme rétablissant une certaine équité de traitement entre « voyous » et « pointeurs ». Ceux-ci ont en effet la réputation - qui reste à vérifier - d’être privilégiés par la Justice (pour les remises de peines et l’attribution des libérations conditionnelles notamment) et par l’Administration pénitentiaire (pour l’obtention d’emplois en détention, par exemple). Le viol d’un « pointeur » ne ferait pas de son auteur un « pointeur » lui-même : c’est un viol « acceptable ». Jean-Pierre, incarcéré aux Baumettes, est un « voyou ». Son discours est très représentatif des détenus accusés de délits dits « propres » (ou « d’hommes ») et incarcérés depuis de nombreuses années : Les pointeurs, j’les calcule pas... Qu’ils portent le fardeau de leur infamie ! Mais le pire, c’est que certains, ils s’en foutent de ce qu’ils ont fait. Mais ce qui me dégoûte, c’est la différence de traitement que l’A.P. fait : moi, par exemple, on m’a demandé d’enlever une photo de Claudia Schiffer seins nus, et eux, ils mettent des photos de gamins découpés dans la Redoute, et on leur dit rien. Faudrait qu’ils restent à leur place. Moi j’ai connu un mec qui avait pris 20 ans pour viol. Il est resté quatre ans en Centrale sans jamais sortir de sa cellule. Eh ben, il a fait le bon choix. C’est normal. Ça me choque pas qu’ils se fassent tabasser, ça me choque pas non plus qu’ils se fassent violer. Je me rappelle quand G*** [un tueur en série] est arrivé au Q.I. de S***, il s’est fait tabasser par les matons... Et encore, ça aurait pu être pire pour lui, il y en avait qui se sont fait pisser dessus... Bref, quand on a entendu, avec d’autres mecs comme moi, on s’est mis à taper dans les portes. Là, un maton est venu m’ouvrir ma porte et il m’a dit : « On frappe le pointeur G***, toi, t’es un truand. » On a arrêté de frapper dans les portes, mais quand même, la fonction du maton, c’est pas d’agresser.
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 | Sujet: Re: PRISON ET HOMOSEXUALITE Jeu 22 Nov - 11:35 | |
| C. LA PROSTITUTION EN DETENTION La prostitution en détention est sans doute l’un des sujets les plus tabous en prison. Rares sont ceux qui admettent y avoir eu recours et encore plus exceptionnels ceux qui, comme Saubin (1991, 221), racontent s’être prostitué en prison. Chez les hommes, la prostitution de détenus est, certes, un des sujets sur lequel règne un silence complice, autant de la part des détenus que de l’Administration. Elle a pourtant pu être présentée comme participant d’un certain « folklore » sous la plume de Boudard (2000, 116-117) : Dès le premier soir, il lui a proposé la botte. « Pas de refus... mais il faudra me donner vingt morceaux de sucre... » Parole d’homme, il m’a répondu ça !... Avec son accent de pécore. De quoi se fendre la gueule ! J’y ai dit : « T’en auras vingt-cinq, ma belle pomme, tu vois je lésine pas, mais que je sente pas tes chicots pendant le travail ! » Je l’ai argogné par les tifs, et vas-y Gaston, au téléphone on te demande ! C’te marrade ! Il est laubé césarin ! comme girond y a mieux, seulement c’est plus cher. Quelques uns de nos interlocuteurs nous ont assuré que la prostitution existe en détention (« Si on veut, on trouve »). Toutefois, aucun détenu nous a confiée (évidemment) y avoir eu recours, ni (bien sûr) s’y être adonné. D’ailleurs, la personne qui ose parler de la prostitution ne l’évoque souvent que sous le sceau du secret, même si tous les détenus sont au courant, comme le montrent ces deux entretiens. Ainsi Jean (centrale de Clairvaux) nous dit : « A S***, y a celui que tout le monde appelle “Porte-cartes”. Mais ça, les autres, ils vous le diront jamais. » Pourtant, peu après, c’est Pascal, maison centrale de Clairvaux) qui confirme : A la centrale de S***, il y en a un qu’on appelle Tabatha-cartes [d’après le nom de l’actrice de films pornographiques Tabatha Cash] ! Ouais... Tout le monde en rigole... Tant que c’est discret... [...] Oui, on l’appelait aussi « Porte-cartes ». D’ailleurs, Yannick (centre de détention de Caen), qui a toujours assumé, voire revendiqué, son homosexualité, nous a fait part de propositions régulières de prostitution : Il y en a qui payent pour avoir quelqu’un... Moi, on m’a déjà proposé d’avoir la télé et tout ce que je voulais, pour être le gonze de quelqu’un. Mais moi, non, je me fais pas acheter. Les détenus décrivent généralement ceux qui se prostituent comme étant particulièrement laids et/ou répugnants moralement, notamment du fait du délit ou du crime qui leur est reproché. La plupart des détenus qui se prostitueraient seraient, selon leurs codétenus, des « pointeurs ». Ainsi, les propos de Bertrand, incarcéré à la maison d’arrêt de Pau, ressemblent à tous ceux que l’ont peut entendre dans les prisons lorsqu’on interroge les détenus sur la prostitution : La seule histoire dont je suis sûr, c’est une affaire qui s’est passée ici, avec un gars qui faisait ça pour une cartouche de clopes... Mais fallait pas être dégoûté, parce qu’il était vraiment pas... C’était un boiteux, avec une tronche... Enfin, certains le savaient, pas tous... On peut dire que c’était de la prostitution. Un autre élément caractérise la prostitution en détention : des tarifs (du moins ce qu’on a bien voulu nous en dire) à la hauteur de la misère sexuelle et sociale de la population carcérale. Un de nos interlocuteurs, Patrick (centre de détention de Caen) relate : La prostitution, il y en a, mais c’est petit. C’est pas à grande échelle. Ils font une fellation, ou ils se font prendre pour 50 ou 100 balles ! Désolé, je parle encore en francs ! Ici, il y en a qui font une fellation pour une boite de Ricoré. Pour répondre à cette misère sexuelle, beaucoup de détenus, notamment étrangers, sont favorables à la venue, dedans, de femmes se prostituant dehors. Ainsi, Dennis, incarcéré depuis quinze ans, détenu à la centrale de Clairvaux, est originaire du Surinam : « Les prostituées en prison, ce serait bien pour les étrangers comme moi. Moi, ça fait quinze ans que j’ai pas touché à une femme. Ça ferait du bien de temps en temps... » Les détenus favorables à la venue de femmes se prostituant arguent qu’elles permettraient de calmer « les autres », voir d’éviter les agressions sexuelles entre codétenus. Il n’y a pourtant pas de possible compensation de la pulsion du violeur par les services rendus par une femme prostituée. Le souhait d’une partie de la population carcérale de voir venir en détention des femmes se prostituant doit plutôt être analysé dans la perspective de l’homophobie et de l’hétérosexisme, comme le suggère Albertini (in Tin, 2003, 43-47) à propos de l’armée française : de sa volonté d’afficher une hétérosexualité a ainsi conduit à l’introduction des Bordels Militaires Contrôlés (B.M.C.) en Algérie ou à la tolérance à l’égard des « congaïs » (« petites amies ») en Indochine. Mais si les détenus disent souvent que la venue de femmes se prostituant serait profitable aux « autres », on remarque toutefois qu’ils seraient prêts à y avoir recours eux-mêmes : Des prostituées en prison, ça serait un bien. Ça serait plus calme... Pfft ! Ici, y a des mecs qui peuvent pas s’en passer, pas comme moi. Moi, j’irais peut-être, deux fois par mois. (Charles, maison d’arrêt des Baumettes) Pour beaucoup de détenus eux-mêmes, au vu de la « clientèle », ce serait pour les prostituées réellement un « sale boulot » (pour reprendre l’expression de Hughes, 1971). Ainsi, Gilbert, détenu au centre de détention de Caen, réprouve l’idée de la venue de prostituées en détention : « Des prostituées en prison, je suis pas d’accord. Faut penser à ceux qui font le travail. Parce qu’en prison, y a à boire et à manger... Y en a ici qui sont sacrément cinglés ! » Sans s’opposer à l’idée, beaucoup de détenus ont souligné l’impossible compensation par des prostituées du manque de relations affectives, y compris en ce qui concerne les pratiques sexuelles. Ainsi, Pascal (incarcéré à Clairvaux) exprime cette opinion : En Suède, y a des prostituées qui viennent dans les prisons. Pourquoi pas ? Mais pas pour moi. C’est un état d’esprit, de confiance. Moi, j’aime avoir des relations complètes, vous comprenez... Enfin, une prostituée, je vais pas la manger... Et si c’est pour tirer un coup, je préfère me branler. On peut se poser la question de la tolérance, voire d’une certaine complicité, de la part des surveillants pour qui, les agressions sexuelles et la prostitution feraient partie du « décor ». Beaucoup de détenus sont convaincus que l’Administration pénitentiaire connaît ces faits et que, de plus, certains agents profitent des détenus qui se prostituent. C’est notamment l’opinion de Yannick, détenu au centre de détention de Caen : « L’A.P. le sait, ici, il y a trois quatre putes... Quand vous voyer les délits, vous comprenez... Faut pas avoir de sentiment pour faire ça avec un gamin... » A E***, il y avait des travestis, ils parlaient comme une femme, ils tapinaient comme une femme... Soit ils avaient une protection, soit ça se passait très mal pour eux... Mais beaucoup avaient une protection. Il parait même qu’il y avait des surveillants qui se faisaient faire des fellations... Je ne l’ai pas vu, mais c’est un détenu homosexuel qui me l’a dit.... (Jean-François, maison d’arrêt des Baumettes) Il est pertinent de poser la question de la tolérance générale de l’Administration et des surveillants à l’égard des agressions sexuelles et des pratiques prostitutionnelles en détention : dans une société traditionnellement machiste et homophobe, la conception d’un désir masculin impétueux (donc dominant la femme) admet une homosexualité occasionnelle lorsqu’elle se produit en situation de privation de femmes. _________________ webmester bab al hourria http://beurgay.free.fr et harraga http://zimigri.free.fr blog : http://mehdibxl.skyblog.com  |
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 | Sujet: Re: PRISON ET HOMOSEXUALITE Jeu 22 Nov - 11:45 | |
| PRATIQUES HOMOSEXUELLES, DISCOURS HETEROSEXISTES
« Avec les us et coutumes du milieu on est en porte à faux. Quiconque se hasarde sur ce sentier interdit perd sa qualité d’homme... Il devient une pédale, une tante... un être inférieur. » Alphonse BOUDARD, Revenir à Liancourt, Paris, Ed. du Rocher, 1997, p. 57
Paradoxalement, à la difficile appréhension de la réalité des pratiques homosexuelles, s’ajoute le constat de son universalité - quelles que soient la latitude, l’époque ou la forme d’enfermement. Universalité certes, malgré un contraste notoire entre le rapport des hommes et des femmes (détenus) à l’homosexualité. Vécue sans gêne, rarement blâmée, l’homosexualité dans les prisons de femmes ne pose problème ni aux surveillantes, ni aux détenues - hormis à celles dont le changement d’orientation sexuelle suscite de l’anxiété. L’idée que chaque femme recèle une Sapho est d’ailleurs classique : l’homosexualité, au moins occasionnelle, serait naturelle à la femme et non à l’homme (Arnaud, 1953, 221). L’homosexualité masculine est, en revanche, dénigrée et taboue. Comme le montrent, à l’extérieur, les travaux sur la construction du genre - par exemple ceux de Falconnet et Lefaucheur (1975, 95-99) -, l’homosexualité est vécue par les hommes comme une remise en cause de leur virilité, contrairement aux femmes, dont la reconnaissance de la féminité n’est pas subordonnée à l’hétérosexualité. Selon Spira et Bajos (1993, 136), les femmes disent donc plus facilement que les hommes être attirées (en dehors de tout passage à l’acte) par des personnes du même sexe. Du reste, dans les milieux non mixtes féminins (les pensionnats, les couvents ou les maisons de prostitution), les « amitiés particulières » étaient parfois réprimées (car contraires au bon ordre et aux mœurs) : elles n’étaient cependant pas considérées comme dégradantes par les paires.
A. L’HOMOSEXUALITE FEMININE, ENTRE INDIFFERENCE ET FANTASMES Extrêmement minoritaire parmi la population pénale (moins de 4%), les détenues font beaucoup moins l’objet de recherches sociologiques. Leur sexualité reste davantage inexplorée que celle des hommes. Le récent travail de Rostaing (1997, 276-277), exhaustif sur la question des femmes en détention, évoque certes la question de l’homosexualité. Il est pourtant difficile d’évaluer la proportion de détenues ayant une relation homosexuelle en détention. Dans les prisons de femmes, aux États-Unis, les chercheurs (Forsyth et al., 2002) estiment entre 25 et 60% la proportion de femmes ayant une relation homosexuelle. En fait, depuis la description des « mariages » entre filles, au début du xxe siècle, par Boucard (1930, 197, 206), les relations homosexuelles entre femmes détenues ont fait l’objet de peu de témoignages d’ex-détenues. Certaines ont toutefois raconté leurs propres expériences (Saubin, 1991, 132, 208, 217, 221), mais le style, allusif et sobre de Nicole Gérard (1972, 59, 102) reste un modèle du genre. Il y a aussi quelques lesbiennes, la plupart des gouines d’occasion, mariées et mères, mais enfin, ça aussi, ça passe le temps. Mona a encore huit ans à tirer, le transfert en Centrale va arriver d’un jour à l’autre : si elle se gouine c’est manière de préparer l’avenir. (Albertine Sarrazin, 1965, 64) A la lecture d’Ehrel et Leguay (1977, 125-149), auteurs de la recherche la plus complète sur les détenues pendant les années 1970, on mesure la distance qui nous sépare de cette époque. On regroupait alors à Fleury-Mérogis (Essonne), dans le « Groupe G », les « garçonnes », c’est-à-dire les femmes soupçonnées de se prostituer et/ou d’être homosexuelles - comme si l’un avait à voir avec l’autre. La transformation, en 1974, de ce quartier en « Groupe S » (« S » pour « Sécurité ») est révélateur de l’évolution des préoccupations de l’Administration pénitentiaire. Il a été supprimé en 1984 : toutefois, de facto, un quartier spécial a été conçu pour les prisonnières d’Action directe (Joëlle Aubron et Nathalie Ménigon), à partir de 1987. Dans les quartiers de femmes où je suis allée (à Bapaume et à Pau), l’homosexualité féminine n’éveille guère que de l’indifférence. Elle suscite néanmoins d’inévitables commérages (inhérents aux groupes restreints) à propos de la formation de couples, des disputes et des ruptures. L’existence de couples (certains matérialisés par la vie en « doublette ») ne pose de problème ni aux codétenues, ni aux surveillantes, ni à l’Administration. Les intéressées ne nous ont fait part d’aucun réel obstacle à leur intimité, hormis le cadre carcéral et une certaine « décence ». La sanction de huit jours de cellule de confinement, prononcée le 3 mai 2000, à l’encontre d’une détenue de la maison centrale de Rennes (Ille-et-Vilaine), trouvée dans le lit d’une codétenue, semble exceptionnelle. Nous n’avons jamais rencontré, parmi les femmes, d’attitudes réprobatrices ou agressives (lesbophobie) à l’évocation de l’homosexualité féminine. Seule Louise, une jeune « voyageuse », incarcérée à Pau, dénotait, par son incrédulité de l’existence de l’homosexualité, de l’indifférence du reste de la population carcérale : Les femmes homosexuelles ? J’ai entendu qu’y en a deux ici, mais j’y crois pas, ça ne va pas ensemble. J’ai jamais vu ça. Mais les hommes aussi, alors ça doit exister chez les femmes... Je voudrais le voir de mes yeux pour le croire. Juste qu’elles s’embrassent, pas plus, comme ça je le croirais ! Mais je comprends pas, ça sert à rien, ça peut pas faire de bébé. Si j’en voyais, je serais étonnée, j’trouverais ça bizarre. Je mangerais plus dans sa main, mais j’lui parlerais quand même. La tolérance de l’Administration française à l’égard de l’homosexualité féminine n’est pas singulière en regard des autres pays occidentaux. Toutefois, en Italie, si l’homosexualité n’est pas interdite à l’extérieur, l’article 527 du Code pénal punit d’une peine de prison (de trois mois à trois ans) les relations sexuelles - consenties - entre détenu(e)s. Ainsi, le 23 février 1995, deux femmes détenues à la prison de Giudecca ont été condamnées à trois mois de prison pour « actes obscènes en lieu public », après avoir été surprises dans leur cellule au cours d’une relation sexuelle (Albrecht, Guyard, 2001, 123). Sans doute que la relative indifférence de l’Administration est due à l’absence, en France, dans les relations homosexuelles féminines, de rapports contraints et de domination caractérisant une partie des relations entre hommes détenus. Cependant, selon Jackson (1975, 9 , aux Etats-Unis, les prisons de femmes seraient marquées par la même économie des identités sexuelles que les détentions d’hommes : une différence serait établie entre la « gouine » et la « lesbienne », sur la base des rôles lors des pratiques buccogénitales. Une étude plus récente (Forsyth et al., 2002) décrit les relations lesbiennes dans les prisons américaines comme généralement basées sur un partage des rôles homme - femme et sur des échanges économiques qui ressemblent à une forme de prostitution institutionnalisée. Beaucoup de couples homosexuels se contentent d’une union non officialisée, si ce n’est, parfois, par un échange symbolique de bagues « de fiançailles ». Parmi nos interlocuteurs (des femmes, à Bapaume, des hommes, à Caen), certains ont évoqué leur projet de conclure un Pacte Civil de Solidarité (PACS), lors de la libération de l’un des partenaires. Le PACS entre personnes détenues serait compliqué à organiser pour l’Administration pénitentiaire. Nous avons interpellé à ce sujet des membres du personnel. Ils ont évoqué des problèmes techniques et/ou juridiques, ne manifestant ni hostilité, ni ironie, à l’encontre de ces projets de PACS, et insistant toujours sur leur bonne volonté. Il a été certes prévu la possibilité de se pacser pour les personnes (malades ou hospitalisées) qui ne peuvent pas se déplacer, mais rien n’a été conçu pour les personnes détenues. Même lorsqu’un des partenaires est libre, la démarche reste donc exceptionnelle et compliquée. Ainsi, le 11 décembre 2000, Le Monde rapportait les difficultés de se pacser de deux femmes, dont l’une était incarcérée à la maison centrale de Rennes (Ille-et-Vilaine). Nous avons interrogé plusieurs femmes entretenant une relation homosexuelle en prison. Elles vivent très diversement cette expérience. Certaines (une minorité) se considéraient comme homosexuelles avant d’être incarcérées. Pour d’autres, il s’agit d’une nouvelle expérience : elle peut être considérée comme une véritable révélation (le début d’une relation amoureuse et/ou d’une nouvelle orientation sexuelle). Les femmes concernées ont toutes évoqué cette expérience comme un bouleversement dans leur vie : cette relation leur aurait aussi souvent permis d’« apprendre à aimer » et à « être aimée », la partenaire étant présentée parfois comme la première personne leur renvoyant une image positive d’elles-mêmes (notamment dans le cas de victimes d’abus sexuels). Mais la relation homosexuelle est parfois juste envisagée comme « de circonstance » (avec un retour prévu à l’hétérosexualité lors de la sortie). Parmi ces femmes, certaines recevaient la visite régulière de leur compagnon, avec éventuellement les enfants du couple. Ainsi, Dany, incarcérée au centre de détention de Bapaume, raconte : Ici, j’ai vécu avec une femme pendant deux ans et demi. Ça m’a aidé à supporter l’incarcération. Au début, c’était une relation cachée. Pour moi, c’est un péché, ça se faisait pas. Quand je suis tombée dans ce délire, je me suis dit : « Oulala ! Mon Dieu ! » Et puis, j’en ai parlé à un psy, qui m’a dit que c’était normal à cause de la prison, qu’on manque de câlins... Après, je vivais mieux... [Elle hésite.] Mon homosexualité... Mais dehors, je veux retourner avec mon mari. Mon amie vient toujours me voir, tous les quinze jours, même si elle est avec un homme. Il est au courant. Elle vient avec lui. Mon mari aussi le sait. Il a été choqué, il a eu du mal à comprendre. Je lui ai expliqué : « Elle te remplace, elle me prend dans ses bras. » Ils se sont écrits. Les hommes détenus ont été également interrogés sur leurs représentations de la sexualité des femmes détenues et notamment des pratiques lesbiennes. Celles-ci (dehors ou dedans) ne les choquent généralement pas (Falconnet et Lefaucheur, 1975, 95-99). Elles ne sont en effet généralement considérées comme ni sexualisées (elles seraient de l’ordre du « jeu » ou de l’amitié), ni autonomes (l’homme hétérosexuel s’imagine être le troisième partenaire). La tolérance masculine à l’égard de l’homosexualité féminine s’explique certainement par la croyance de beaucoup d’hommes selon laquelle elle serait dépourvue de pénétration. Cette sexualité ne les mettrait donc ni en concurrence, ni en danger. Mieux : elle leur laisserait toute leur place. Il y a plus de couples de lesbiennes que d’homos, c’est pas choquant chez les femmes. L’homosexualité, chez les femmes, c’est très bien. Si je pouvais avoir deux épouses, ce serait très bien. (Serge, maison d’arrêt des Baumettes) Beaucoup d’hommes très virulents à l’encontre des « pédés » sont indifférents à l’homosexualité féminine, à l’instar de Bakary (maison d’arrêt de Pau) : « J’aime pas les homosexuels, je veux même pas qu’ils me regardent, mais deux femmes ensemble, ça me gêne pas. » Cet échange avec Kamel, incarcéré à Bapaume, est archétypal : - Les pédés, ces machins-là... je peux pas les blairer... C’est choquant. Deux mecs qui se montent dessus, c’est tabou. On ne sait même pas où ils font ça... A moins qu’ils fassent ça dans les doublettes. Je fais la prière, moi ! - Vous pensez la même chose des couples de femmes homosexuelles ? - Les femmes, c’est moins grave, c’est plus joli... L’emploi du terme « joli » trahit bien l’impossibilité de l’interlocuteur à se considérer autrement que comme un spectateur. Cette conception masculine de la sexualité féminine comme devant être assujettie au désir de l’homme entretient une profonde connivence avec celle d’une moindre masturbation des femmes (voir supra, p. 232). Dans le discours masculin, à l’idée d’un désir féminin moindre (et moins impérieux) que celui de l’homme, s’ajoute la représentation de la satisfaction de ce désir comme dépendante de l’homme, c’est-à-dire d’eux mêmes. La frustration, ça doit être plus dur pour les femmes. Nous, on a la veuve poignée, on a les pornos. Chez les femmes, on leur coupe les concombres, les bananes. Ça doit être moins facile pour les femmes. [...] On m’a dit que si, en tant qu’homme, vous allez chez les femmes, vous vous faites violer ! On m’a raconté comme ça qu’une fois, il y avait un pompier qu’avait dû aller chez les femmes à M***, eh bien ! il paraît qu’il était pas fier... (Renald, maison centrale de Clairvaux) _________________ webmester bab al hourria http://beurgay.free.fr et harraga http://zimigri.free.fr blog : http://mehdibxl.skyblog.com  |
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 | Sujet: Re: PRISON ET HOMOSEXUALITE Jeu 22 Nov - 11:46 | |
| B. L’HOMOSEXUALITE MASCULINE, UN SECRET BIEN MAL GARDE La réalité des pratiques homosexuelles en prison est méconnue. Les récits de prisonniers, comme Mizaine (1972, 168-169, 207) ou Thibault (1989, 59-61), évoquent certes fréquemment les propositions homosexuelles qui leur ont été faites. Personne ne soutiendrait sérieusement que l’homosexualité n’existe pas en prison : ce serait bien le seul endroit au monde où on n’en trouverait pas. Les rescapés (voir notamment Rousset, 1945) ont d’ailleurs évoqué l’existence de pratiques homosexuelles consenties dans les camps de concentration. Les seules statistiques françaises (élaborées lors d’une enquête dans deux maisons d’arrêt en 1983-84) révèlent que sur 421 détenus interrogés, 21% affirment avoir eu des relations homosexuelles pendant leur incarcération et 22% disent ne pas avoir eu de rapports homosexuels, mais en avoir eu envie ou y avoir songé (Monnereau, 1984, 1986). Ces chiffres, s’il faut les considérer prudemment, comme tous ceux concernant la sexualité, soulignent néanmoins une proportion supérieure à celle de la population générale de personnes ayant (eu) des pratiques homosexuelles. En effet, la dernière grande enquête quantitative menée, en France, sur les pratiques sexuelles, estime aux alentours de 4% la proportion d’homosexuel(le)s dans la population générale (Messiah et Mouret-Fourme, 1993, 1656). Les recherches sur l’homosexualité - par exemple Corraze (1996), Anatrella (1998) - s’accordent sur une évaluation entre 3 et 7%. Il est pourtant difficile d’évaluer la proportion de détenus homosexuels. Les pratiques sont généralement tenues secrètes. Néanmoins, quelques établissements sont connus pour leur forte proportion d’homosexuels et la plus grande tolérance qui y règne : hier, la maison centrale d’Ensisheim (Haut(Rhin), aujourd’hui le centre de détention de Caen (Calvados). Nous avons eu la chance de pouvoir réaliser des entretiens dans ce dernier établissement. Sa spécificité mérite d’être mentionnée.
1. Devient-on homosexuel en prison ? Deux théories concurrentes ont expliqué l’homosexualité en prison : le modèle de l’importation (« importation model ») et celui - notamment défendu par Sykes - de l’adaptatif. Selon ce second modèle, l’homosexualité naîtrait de la « privation » (« deprivation model »). Or chacun a, en prison, un avis sur la question du caractère inné ou acquis de l’homosexualité, selon sa propre expérience et son éventuelle crainte d’être étiqueté ainsi. La conception fréquente de l’homosexualité comme une sexualité de « seconde zone » (parce que déviante ou substitutive à une sexualité « normale ») contribue à rendre, en prison, la suspicion d’homosexualité à la fois légitime et dangereuse. Dans la perspective de Mauss et de l’appréhension des phénomènes sociaux comme « totaux », Welzer-Lang s’est opposé à « l’hypothèse sexologique », qui réduit l’homosexualité à une sexualité de substitution. Il a repris l’expression de « maison des hommes », utilisée par Godelier (1982) dans son étude des Baruyas de Nouvelle-Guinée. Dans cette société, caractérisée par la supériorité du masculin sur le féminin, les « Grands Hommes » doivent affirmer leur virilité par la domination des femmes et des « sous-hommes » qui, en leur absence, les remplacent. Nous n’avons rencontré, dedans ou dehors, personne qui, ayant eu des relations homosexuelles en détention les réduise à une ré-affirmation du statut d’« homme ». Néanmoins, ces relations sont souvent dites, par les intéréssé(e)s, substitutives à la privation affective. Ainsi, Thibault, fort de ses quarante-deux années passées en détention (1989, 79), déclare : Un type qui a fait plus de dix ans en dedans et qui vient nous raconter qu’il n’a jamais eu de relations sexuelles avec un autre homme est un sacré menteur, parce que, d’après mon expérience, je ne connais pas d’exception. S’il dit la vérité, c’est qu’il s’agit d’un impuissant au plus haut degré. Les idées sur l’aspect acquis ou inné de l’homosexualité départagent, significativement, les détenus entre ceux qui arrivent en maison d’arrêt et ceux qui connaissent les établissements pour peines. Georges, âgé de 51 ans, primaire, incarcéré depuis deux ans et demi aux Baumettes, prononce le discours-type du détenu de maison d’arrêt : « De toute façon, homosexuel, on l’est ou on ne l’est pas. Mais je pense pas qu’on le devienne en prison. » L’existence de l’homosexualité en prison est généralement découverte à l’arrivée en établissement pour peines. L’homosexualité est alors représentée comme pouvant être « contagieuse » : il faut donc se tenir à distance pour préserver son « statut d’hétéro ». L’homosexualité en prison, j’y croyais pas, et à E***, ça a commencé. C’est un truc de fous... Y en a qui tentent... Y a du viol, y a des relations consenties et d’autres non. Là-bas, ils reconnaissaient presque. Ils s’en cachaient pratiquement pas. Des fois, y a des mecs qui font certaines fixations, surtout en muscu. Au début, ça me gênait. Puis, à un moment, on s’est mis à en jouer. On faisait semblant de ne pas voir qu’untel nous fixait, et on faisait exprès de le prendre en flag’ : « Tu as vu comment mon muscle il gonfle... » C’était pour s’amuser, les mettre mal à l’aise... Mais il y a beaucoup d’homos qui pointent du doigt les autres, surtout quand ils ne sont pas arrivés à leurs fins. (Hugo, maison centrale de Clairvaux) Dans des établissements pour peines, parmi les détenus purgeant de longues peines (voire des peines de perpétuité), on rencontre parfois un discours rationalisant l’homosexualité, solution à l’impossibilité d’établir des relations affectives hétérosexuelles. On peut qualifier cela d’« adaptation secondaire », dans le sens où l’utilise Goffman (1968, 245-262). Ainsi, Yannick (maison centrale de Clairvaux), âgé de 33 ans et incarcéré depuis seize ans, se rallie à la conception de l’homosexualité en détention comme une réponse à l’absence de femmes : Homosexuel, j’aurais pu le devenir, mais un homme m’a jamais fait bander. Ça pourrait m’arriver. Ce serait un avantage. [...] Demain, que j’serais pédé que ça m’arrangerait. Mais là dessus, j’me suis un peu loupé ! Selon Johnson (1964, 220), les détenus répondraient davantage aux propositions homosexuelles en début de peine, c’est-à-dire lorsqu’ils sont particulièrement vulnérables et que l’avenir paraît sombre. Or nos interlocuteurs démentent cette théorie : ils disent souvent avoir eu leurs premières expériences homosexuelles après plusieurs années de prison, « faute de mieux ». Mourad (centre de détention de Caen) est spontanément venu nous confier son expérience homosexuelle le lendemain de notre entretien : Mais je voudrais vous dire quelque chose. J’ai eu une relation sexuelle ici. Vous savez, depuis que je suis ici, j’ai beaucoup appris sur moi. Je ne sais pas si c’était le besoin... Si, c’était le besoin. C’est plutôt une expérience que je mets sur le dos de la prison. Personne n’est au courant. C’est plus dur en tant qu’immigré. Si j’étais français, je le revendiquerais... Vous savez comment elle est notre culture... [...] Je le dirais jamais à cause de notre culture. Je pourrais jamais le dire à ma mère. Si j’avais quelqu’un de proche, je lui dirais, mais pas à quelqu’un de ma culture. Peut-être que si ça se savait, je serais renié, banni de ma famille... Je l’ai fait une fois... C’est pas une histoire de regrets, non, mais j’ai peur de prendre l’habitude ! Merde, je suis un être humain ! Ça fait sept ans que je suis en prison ! Et je me souviens de la dernière fois que j’ai fait l’amour avec une femme, c’était pas pareil...
2. L’homosexualité comme déchéance René Girier, dit « René la Canne », se félicitait, terminant le récit de ses années d’incarcération (1977, 329), de s’en être sorti dignement : il disait avoir échappé à la « déchéance » de l’homosexualité. L’homosexualité de certains est souvent perçue, par les autres détenus, comme une mise en danger du groupe, notamment vis-à-vis de l’Administration pénitentiaire. L’homosexualité serait la preuve d’une défaite véritable, puisque amputant le détenu de sa dignité. S’il y a des détenus qui deviennent homosexuels... peut-être ? Pourquoi pas ? Il y en a bien qui apprennent à fumer ici ! Je sais que ça ne m’arrivera pas. Ce serait tomber bien bas, c’est lâche. C’est comme pousser quelqu’un à se suicider. (Michel, centre de détention de Caen) Les homosexuels, ça arrive malheureusement. Les matons s’en gargarisent. J’accepte pas, parce que pour moi, la prison, c’est une histoire d’hommes. [...] C’est plus dur pour une femme la frustration. J’ai une amie qui est tombée l’homosexualité en prison. Elle a gouiné, ça m’a déçue. Pas ce qu’elle a fait, mais qu’elle se soit montrée faible, qu’elle n’ait pas gardé sa fierté. (Pascal, maison centrale de Clairvaux) L’homosexualité, c’est contre nature. Par contre, deux femmes, c’est joli à voir. Comme j’le dis, du moment que j’y participe, c’est joli ! Non, l’homosexualité, c’est pas que c’est choquant, mais c’est pas normal. Si un chien il essaie de monter sur l’autre, l’autre il le mord... [...] Dans un univers d’hommes, ça arrive aux faibles d’esprit. C’est arrivé même à des grands voyous... (Reynald, maison centrale de Clairvaux) Dans les rapports consentis, le partenaire passif est l’objet de mépris : c’est la « tante ». Du reste, insulter une personne d’« enculé » (certainement la plus grave injure qui puisse être proférée) stigmatise précisément une pratique homosexuelle passive. Cette distinction des pratiques homosexuelles actives et passives est fondamentale. Ainsi, lorsqu’on évoque l’homosexualité des hommes détenus, classiquement, il s’agit uniquement d’une homosexualité passive, associée à la faiblesse et au manque de virilité. Personne en détention (à commencer par les intéressés eux-mêmes) ne considère les « actifs » comme des homosexuels. La déchéance du statut d’« homme » (subséquente aux expériences homosexuelles) s’accompagne donc d’une immense honte, dissimulée aux proches. Ainsi, Mourad, incarcéré à Caen, qui a pourtant eu une expérience homosexuelle en prison, tient, avec ses proches, un discours homophobe : Des fois, pour blaguer, je disais à ma sœur : « Faut que je sorte de prison, je vais finir par m’accoupler ! » Elle rigole... Mais moi, je suis gêné quand les personnes savent que je suis dans une prison comme ça [ayant la réputation de Caen]. Qu’est ce qu’il pense mon fils que je suis dans une prison pleine de pédés ? Agret, dans L’Amour enchristé (1998, 31), évoque « Bernard », « devenu Nenette, le schbeb qui a sucé autant de matons vicelards que de matriculés entre douche et coursives. » De telles images expliquent que certains détenus redoutent la perception, par leurs proches, des pratiques homosexuelles en détention. Samir, détenu au centre de détention de Bapaume, raconte ainsi : Ma copine, au début, elle m’a demandé pour les agressions sexuelles... Ça lui faisait peur, comme dans les films, dans les douches, et tout ça... Au début, j’ai failli me fâcher. Pour qui elle me prend ? Elle m’a demandé : « T’as pas touché à un autre mec ? » On a parlé de tout ça, maintenant, ça me fait rire... Les détenus assimilent souvent l’homosexuel au délinquant/criminel sexuel : « l’homosexuel » est fréquemment confondu avec le « pointeur ». La réaction de Jean-Marc, détenu à la maison d’arrêt de Pau, est loin d’être isolée : « Les homosexuels ? C’est les pointeurs, ça ? [...] Ils sont à part de nous. » Plus précisément, au « gay » s’opposerait une figure confuse, désigné comme « homosexuel », « pointeur » ou « pédé ». En effet, le « gay » était homosexuel avant d’entrer en prison et on précise : « Un gay peut aussi être un voyou. » Son honneur est donc préservé, contrairement au « pédé » qui, lui, a « succombé », « abdiqué » devant la dureté de la peine. On retrouve ici la différence faite dans les prisons américaines entre la « lope » et la « pédale », qui vient d’une certaine reconnaissance qu’une homosexualité affirmée avant l’incarcération est moins diffamante (Jackson, 1975, 398-405). Dans cette confusion, la violence exercée à l’encontre des « pointeurs » est légitimée (voire prônée) à l’égard des homosexuels. Ainsi, Bonheur (maison d’arrêt de Pau) déclare : « Un pointeur, je le chope, il est mort. C’est des fous, ils égorgent les femmes. [...] Un homo, j’le fracasse... C’est la came, le shit qui leur fait faire ça. » Les homos, c’est pareil que les pointeurs, c’est des pédés. Je sais pas moi, ils ont qu’à se payer des femmes ! C’est des merdes, ça devrait pas vivre, pour eux, faudrait la peine de mort, ou les castrer... [...] Dehors, j’ai déjà parlé à des homos, c’est des êtres humains pareils que nous, sauf qu’ils aiment les hommes. Ils prennent leur plaisir comme ça, ils aiment ça. Mais moi, dans ma vie, je pourrais pas toucher un autre homme. (Eric, maison d’arrêt des Baumettes) J’ai pas entendu parler d’homosexuels ici. Ils se feraient taper. Mais à la prison de V***, y en avait un dans mon aile. Je suis allé le voir poliment, et je lui ai demandé comme ça : « Est-ce que vous appartenez à la communauté gay ? » Il m’a dit oui, alors je lui ai dit qu’il avait pas intérêt à forniquer ou à faire des propositions dans l’aile... Mais c’est pas contagieux, alors après, je m’en fous. (Samir, centre de détention de Bapaume) Le discours des mineurs est une caricature de celui des adultes (haine des « pointeurs » et légitimité de la violence à leur égard), confirmant l’hypothèse d’une socialisation carcérale et donc de leur appropriation des représentations des adultes. Ainsi, Sébastien, 17 ans, rencontré alors qu’il était incarcéré, pour la troisième fois, à la maison d’arrêt de Pau, déclare : « Ils ont raison ceux qui agressent les pointeurs... C’est de la merde. Moi, un pointeur, j’lui mettrais un balai dans le cul. Il resterait pas dix minutes dans ma cellule. » Lorsque la religion est convoquée, les uns brandissent Sodome et Gomorrhe, les autres David et Jonathan. Ainsi, Patrick, incarcéré à Caen, homosexuel déclaré et présenté par ses codétenus comme un « voyou homosexuel », affirme : « Je suis catho. Je vais à la messe de temps en temps... Y a bien David et Jonathan ! » On a toutefois davantage entendu des jugements religieux à l’égard de l’homosexualité proférés par des jeunes issus de l’immigration nordafricaine et se qualifiant de « musulmans pratiquants » - leurs codétenus les considérant certes davantage comme des « intégristes ». Ainsi, Fayçal, au centre de détention de Bapaume, déclare : Ici, y en a, c’est Sodome et Gomorrhe... Des types super bizarres. Je leur parle, alors que je devrais pas leur parler... Bon, ils choisissent... De toute façon, ils paieront devant Dieu...
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 | Sujet: Re: PRISON ET HOMOSEXUALITE Jeu 22 Nov - 11:46 | |
| 3. Les homosexuels, les travestis et les trans-genre en détention Nous ne confondons pas, contrairement à une partie de la population pénale, les personnes qui ont des rapports sexuels avec des personnes du même sexe qu’elles, celles qui empruntent les habits et les manières traditionnellement réservés au genre qui n’est pas le leur et, enfin, celles qui désirent changer leur identité sexuelle. Pourtant, les réactions que suscitent la présence d’homosexuels, de travestis et de trans-genres sont similaires et elles sont particulièrement révélatrices de l’homophobie et de l’hétérosexisme (qui ont fortement à voir avec la trans-phobie) répandu parmi la population pénale et le personnel de surveillance. Leurs conditions de détention ont conséquemment beaucoup de points communs. Le sort des détenus travestis et trans-genres est particulièrement sordide. Leurs besoins spécifiques sont rarement pris en compte. Une grande majorité des trans-genres est de nationalité étrangère et ne peut pas justifier auprès des services médicaux d’un traitement hormonal légal suivi à l’extérieur. Il s’ensuit donc son interruption, dont les conséquences sont désastreuses. En outre, l’accès aux consultations psychiatriques, nécessaire pour poursuivre le traitement en l’absence de justificatifs, est souvent difficile pour des personnes s’exprimant mal en français. De plus, l’interdiction des vêtements féminins (y compris à Caen) et du maquillage - dont l’importance a été montrée pour les trans-genres américains incarcérés (Rosenblum, 2000) - compromet le travail de féminisation entamé à l’extérieur. Il y a eu la grande époque, ici... On était cinq. On nous appelait la Comtesse, la Biche... et moi, c’était la Panthère Rose. J’avais tout en rose. J’avais un sac à main rose, un kimono rose avec des oiseaux, et aussi une minijupe... [...] Avant, je pouvais me maquiller comme je voulais. [...] J’peux plus m’habiller en rose. Maintenant, les gens savent plus délirer, à part avec le shit ou avec les médicaments. (Yannick, centre de détention de Caen) On a évoqué, parmi la population pénale, cette représentation confuse qui associe le « pointeur » au « pédé » et l’homosexuel au travesti ou au trans-genre (et vice-versa). Cette représentation, dans ce milieu d’hommes, ne serait également pas totalement étrangère aux surveillants, chez qui régnerait plutôt cette silencieuse complicité qu’ont évoqué la plupart des détenus interrogés. [Le maton] regarde ailleurs lorsque la Grande Laura, une folle placée en cellule d’isolement, vient faire une pipe à un costaud qui s’est mis au dernier rang de la chapelle... [...] Impression que le maton doit toucher un petit bakchich. A moins qu’il en croque lui aussi... en fric ou en nature. (Boudard, 1997, 54) Les détenus travestis et trans-genres sont les premières victimes d’agressions (notamment sexuelles) en prison. Malgré le travail d’information et leur soutien par l’association Prévention Action Santé Travail pour les Transgenres (PASTT), les agressions semblent perdurer. Suite au viol d’un détenu travesti par un surveillant à la maison d’arrêt de La Santé (Paris) en 1993, les détenus travestis et trans-genres sont maintenant regroupés à Fleury-Mérogis (Essonne). Pourtant, le 1er février 1999, le tribunal correctionnel d’Évry a condamné trois surveillants à quatre ans de prison ferme (dont un avec sursis) : ils ont été reconnus coupables d’agressions sexuelles, commises en 1995-96, sur des détenus travestis et transsexuels, placés au quartier d’isolement du bâtiment D. 5 de Fleury-Mérogis. En appel, le 10 mai 2000, la cour d’appel de Paris a réduit leur peine à quatre ans de sursis. Même lorsqu’elle l’était dehors, l’homosexualité n’est jamais simple à assumer dedans. De plus, la détention peut être l’occasion à un changement d’orientation sexuelle qui est d’autant plus difficile à vivre que le milieu environnant la dénigre. Y compris dans un établissement comme Caen, les détenus homosexuels font part d’attitudes hostiles à leur encontre. On sait d’ailleurs que les pratiques homosexuelles ne sont pas, paradoxalement, incompatibles avec un discours hétérosexiste. J’ai réalisé de grandes évolutions avec la thérapie. Maintenant, je sais que je suis homo. Mais même si j’ai des désirs en détention, ce n’est pas envisageable de passer à l’acte ici : il y a la promiscuité, et puis pas vraiment de liberté de choix... Et puis, si ça fonctionne pas, je peux pas partir. Je veux avoir cette liberté de s’échapper. Et puis, même si j’ai des désirs, c’est pas forcément au milieu de quatre cents personnes que je vais trouver... J’ai des relations affectives avec une ou deux personnes, c’est-à-dire pouvoir parler, se confier, être bien avec, quoi... Mais sans aller vers des relations sexuelles. [...] Maintenant, je m’affiche pas, mais je ne me cache plus. J’ai pas envie d’avoir à assumer ça en détention... les propositions... et puis y a le regard de certains, même ici y a des homophobes. On est pas considéré pareil. Etre homo, c’est pas être pris au sérieux dans la conversation. C’est très puéril, et c’est ce qui me mine le plus. Les gamineries, ça m’a plus posé de problème que les agressions... (Stéphane, centre de détention de Caen) On peut se demander (comme chez les femmes) si les détenus ayant des pratiques homosexuelles en prison les considèrent comme une parenthèse ou comme un changement définitif d’orientation sexuelle. Pour un certain nombre d’entre eux, auteurs d’actes pédophiles ou d’agressions sexuelles, leur pratique homosexuelle est totalement nouvelle. En outre, elle est souvent présentée par eux comme le résultat, dans un cadre thérapeutique, de leur compréhension de leur délit/crime comme une homosexualité non assumée. Noël, incarcéré au centre de détention de Caen, est prêtre. Condamné à une longue peine pour un crime à caractère sexuel, c’est en prison qu’il aurait admis son homosexualité : A 60 ans, la sexualité ne se pose pas dans les mêmes termes qu’à 40 ans... Si j’avais trente ans, assumer ma sexualité homosexuelle se poserait concrètement... Ça voudrait dire outer [faire son « coming out », c’est-à-dire déclarer publiquement son homosexualité]... [Il rit.] Mon homosexualité... Mais à soixante ans, on a pas besoin des mêmes passages à l’acte, alors, pour l’instant, je ne sais pas. [...] Après tout, si j’avais été de leur âge, peut-être que j’aurais eu ici des relations. Ça aurait pu être un élément d’équilibrage dans ce qu’il y a de tordu dans ma sexualité. Il y a un médecin qui m’a dit que je ne serais soigné que si j’avais une homosexualité active... Je n’en suis pas tout à fait sûr... Il faut encore que je trouve mon équilibre. Mais si je redeviens prêtre, j’assumerais cette sexualité. Ça peut servir aussi, on a des qualités en tant qu’homosexuel. Faut sortir du schéma du début du siècle. Certaines expériences homosexuelles en détention sont conçues comme une parenthèse (à l’instar de quelques unes de celles des femmes détenues rencontrées), voire comme une expérience franchement traumatisante. Dans ce dernier cas, certains hommes craignent de « prendre goût » à l’homosexualité et, conséquemment, de ne plus « redevenir normal ». L’idée qu’un rapport homosexuel priverait définitivement l’homme de sa virilité est particulièrement tenace. A ma sortie, je veux retrouver une femme de 30-35 ans, mais je ne veux pas d’une relation « crachoir ». Je veux quelque chose de sincère. Je lui dirais tout de même que j’ai été homo. Mais je ne veux pas d’autres enfants, y a un temps pour tout. C’est malsain d’avoir des vieux parents. Je veux rester ami avec S*** [un détenu avec qui il entretient une relation affective], qu’on fasse chacun notre vie de notre côté. J’espère qu’il va retrouver une femme et des enfants. (Patrick, centre de détention de Caen) Pour l’instant, y a un litige. Je sais pas quoi faire... Vous pourrez me donner votre avis, d’ailleurs, ça m’intéresse... C’est P*** ou une femme et avoir un enfant. Mais, est-ce que j’ai le droit d’avoir un enfant avec ce que j’ai fait ? [...] Mais son histoire, c’est par rapport à son épouse. Il est encore très timide. Il a des difficultés par rapport à son délit. Mais moi, ce que je veux, c’est son bonheur. Moi, je serais le plus heureux du monde s’il me disait qu’il avait trouvé une femme. Des fois, j’lui dis : « P***, trouve-toi une femme ! » Comme, j’lui dis, les femmes, elles sont pas toutes sauvageonnes. (Jean-Marie, centre de détention de Caen) _________________ webmester bab al hourria http://beurgay.free.fr et harraga http://zimigri.free.fr blog : http://mehdibxl.skyblog.com  |
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 | Sujet: Re: PRISON ET HOMOSEXUALITE Jeu 22 Nov - 11:47 | |
| C. DU VIRILISME A L’HETEROSEXISME La détention crée une présomption d’homosexualité. Ainsi, alors que nous abordions la question de la sexualité avec un détenu, celui-ci a soudainement plaisanté : « La sexualité des détenus ? Mais on est tous pédés ! » Se retrouver entre hommes oblige à prouver qu’on en est pas moins de « vrais » hommes. Ces hommes si fiers de leur hétérosexualité sont, d’ailleurs, confrontés à une difficulté supplémentaire : l’hyper virilisme affiché par les homosexuels à partir des années 1970 a bouleversé l’équation posée entre hétérosexualité et virilité. Certes, l’aspect féminin reste un danger, mais l’absence de comportements efféminés ne suffit plus à prouver l’hétérosexualité. Dans un milieu marqué par l’hétérosexisme, l’affirmation de l’hétérosexualité se doit d’être démonstrative. Ainsi, le discours de Charles (maison d’arrêt des Baumettes) est typique d’un certain « virilisme méditerranéen ». Il en a d’ailleurs toutes les attitudes. Du reste, son inculpation de proxénétisme et le mépris des femmes dont il fait constamment montre dans ses propos suggèrent une profonde connivence entre le mépris des homosexuels et celui des femmes [1] : L’homosexualité ! [Il siffle.] Ton cul, t’en fais ce que tu veux, tant que tu me mets pas la main sur le genou... Y en a beaucoup en maison d’arrêt... Une fois, j’ai reçu une lettre de propositions... Je suis descendu en promenade, je l’ai lu à tout le monde, et j’ai dit que j’avais pas intérêt à en recevoir une autre ! Mais j’en veux pas un dans ma cellule, parce que j’aime bien marcher en slip, dormir à poil. Par exemple, j’aime bien aller pisser les couilles à poil... Beaucoup de prisonniers évoquent la raison de leur incarcération comme une drague homosexuelle pressante dont ils n’ont pu se défendre que par l’homicide de son auteur. Vraies ou fausses, ces histoires ne nous intéressent pas en elles-mêmes. Ce type d’excuse semble toutefois procurer aux intéressés une certaine respectabilité incontestablement éloquente. Du reste, en détention, lorsqu’une affirmation verbale de l’hétérosexualité est insuffisante, la violence est souvent considérée comme une réponse légitime, comme le raconte Jean-François (Baumettes) : Moi, j’ai eu une fois une proposition homosexuelle, mais ça a mal fini... Le type s’était assis à côté de moi, il m’a touché les genoux, et après il a essayé de m’embrasser... Ça s’est terminé à coups de poêle, on est passé au prétoire, on a pris huit jours de sursis chacun. La susceptibilité habituelle des détenus à une allusion remettant en cause leur hétérosexualité est bien connue. Boudard (2000, 41) expliquait l’usage qu’en fait l’Administration pénitentiaire dans ses rapports avec les détenus : J’ai dû me faire dauffer, il suggère, par Marcel, par Canaque, par les autres qu’il cherche... [...] Ça doit prendre avec certains. La moindre allusion qu’on leur ait mis le doigt au prose, ils bondissent, cassent tout dans le burelingue. L’hostilité à laquelle les détenus homosexuels sont confrontés dedans n’est pas étonnante, quand, dehors, l’homosexualité est encore largement perçue comme une sexualité infamante, indigne, notamment parce qu’étrangère à la reproduction. Peut-on parler d’homophobie ? Certes, le terme d’« homophobie », introduit en France après sa popularisation aux Etats-Unis, suite aux travaux de Weinberg (1972), rend compte de ces pressions actives, intentionnelles et préméditées à l’encontre des personnes homosexuelles. Nous récusons une conception réductrice de l’homophobie et incluons, comme Blumenfeld (1992), aux attitudes négatives à l’égard de l’homosexualité, des attitudes qui sont en deçà de la répulsion, comme celle de sa perception comme une maladie, un péché ou un crime, ou de son analyse en termes d’immaturité. En effet, la tolérance s’accommode souvent de protectionnisme et d’indulgence, comme si l’homosexuel(le) était un(e) adolescent(e), ne pouvait pas avoir de position d’autorité ou être « pris(e) au sérieux ». Cependant, le terme d’« hétérosexisme » semble plus pertinent pour qualifier la position d’une grande partie de la population pénale : il rend plus exactement compte des normes ou dominances hétérosexuelles, sans minimiser toutefois des haines plus spécifiques (trans-phobie, bi-phobie et lesbophobie notamment). Celles-ci établissent et perpétuent l’idée que toutes les personnes sont ou doivent être hétérosexuelles, ainsi qu’en témoigne Faouzi (maison centrale de Clairvaux) : Ils sont allés voir les autorités compétentes. J’ai déposé des plaintes : on doit se justifier pour quelque chose que vous n’avez pas à justifier, à cause d’une méprise de « Madame » [la sous-directrice]. [...] Les collants, ça faisait pédé pour Madame D*** [la sous-directrice]. C’est un peu comme les islamistes avec les femmes... On a l’impression que ce sont les jugements d’une Inquisition. Il y a beaucoup d’homophobie. Je ne réagis pas. Je m’en fous éperdument. J’ai pas envie d’avoir des rapports sexuels avec eux... Plus jeune, j’en ai beaucoup souffert. [...] Depuis le temps que j’ai cette réputation, faudrait que je me fasse enculer ! C’est les pratiques du goulag... C’est l’oppression psychologique. Le centre de détention de Caen est « à part ». L’existence de couples homosexuels en détention y est acceptée et prise en compte par l’Administration. Cela n’a rien de tabou : l’établissement est surnommé, par les détenus comme par le personnel, le « C.C.C. » (« Centre de détention des Culs Cassés »). Vu l’attitude tolérante de la direction, mais aussi son utilisation à escient des amours carcérales comme moyen de contrôle et/ou de marchandage, la réputation du médiatique chef d’établissement (M. Daumas) d’être un « libéral » n’est pas usurpée. Sa gestion de l’homosexualité en détention ressemble fort à celle que nous avons observée dans les quartiers de femmes. Les détenus négocient donc certains avantages, comme le partage d’une cellule (« doublette »), un travail dans le même atelier, etc. Toutefois, Jean-Marie, détenu depuis plusieurs années à Caen, explique n’avoir jamais voulu bénéficier, avec son ami, de tels aménagements : On a jamais voulu vivre ensemble. On a toujours eu une cellule chacun. On n’aurait jamais demandé à être ensemble. On voulait préserver notre intimité. Faut pas tout mélanger, et ça aurait peut-être fait foirer notre histoire. En milieu carcéral, c’est pas faisable. Au centre de détention de Caen, la relative liberté sexuelle des détenus homosexuels et le contexte de quasi-normalité de l’homosexualité soulignent brutalement, pour les « voyous hétéros », leur propre frustration et la fragilité de leur identité. Veillant à ne pas être assimilés aux homosexuels, ils utilisent, ostensiblement, l’affichage de photos de femmes pour se différencier des « homos ». Alain, qui est incarcéré dans cet établissement, décrit ainsi la situation : Ici, on peut te mettre un carton devant la porte, avec dedans des cantines, et si tu le prends, ça veut dire que tu es d’accord. Ou alors, il y a les recruteurs, qu’on appelle les « têtes à baffes ». Ce sont eux qui vont tester, s’il y aurait une ouverture. Mais quand je suis arrivé, j’étais avec un pote à moi, qui m’a prévenu direct pour le coup du carton et des recruteurs. Il y en a un qui est venu vers nous, manque de bol pour lui, mon pote le connaissait. Il lui a foutu une grande claque, et il lui a dit : « Mon pote et moi, on est pas des pédés, alors tu fais passer le mot. » Voilà, j’ai été tranquille direct ! Mais un matin, j’ai eu un carton devant ma porte... Je me suis demandé si c’était pas une blague, justement... Bien sûr, je l’ai pas pris ! La sexualité en détention est fréquemment présentée comme exceptionnelle (par sa rareté et par les fortes contraintes qui la détermineraient intégralement). Pourtant, en explorant les pratiques comme les discours, c’est surtout l’extrême banalité des représentations des genres et des rôles sexuels attribués aux sexes qui apparaît. Dedans, comme dehors, la domination masculine sur les femmes et leurs désirs, l’homophobie et l’hétérosexisme, continuent à caractériser les rapports de genre. Notre analyse sociologique de ces discours qui accordent aux déviances une portée ontologique (rejetant leurs auteurs hors de l’espèce humaine) semblait donc parfois de l’ordre de la tératologie. _________________ webmester bab al hourria http://beurgay.free.fr et harraga http://zimigri.free.fr blog : http://mehdibxl.skyblog.com  |
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