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Notre écrivain à Tous: Abdallah TAÏA

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Yak&nao
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MessageSujet: Notre écrivain à Tous: Abdallah TAÏA   Mar 21 Nov - 22:24

Voici un extrait d'un article du Journal-hebdo sur l'un des rares écrivains marocains qui ont fait leur coming out. Avec un style simple et une personnalité complexe, il m'a fait voyagé par le biais de ces trois livres à travers une terre chère où le paradoxe tiraillent la jeunesse marocaine.

"Au commencement était la mère. Divinité tutélaire et impérieuse. Quelque chose de terrible. « Le Coran dit que la mère a le paradis sous ses pieds. Elle a le monopole des prières et des malédictions. La mère, c'est un esprit, un souffle, une voix, c'est une façon d'être douce et de murmurer ». C'est cette figure qui accompagne Abdellah Taïa au long de son écriture, qui hante son recueil de nouvelles « Le Rouge du tarbouche » (paru chez Tarik éditions). Par apparitions discrètes. Car Taïa n'a jamais écrit sur sa mère. Ni dans ses tout premiers textes publiés en 1999 dans « Des nouvelles du Maroc », ni dans son premier roman "Mon Maroc" (2000). M'barka, la mère analphabète et à la domination douce et oppressante, fait partie de son univers mental. Elle en fait partie tout autant que l'univers invisible des coutumes et des ancêtres, des djinns et de la sorcellerie, des saints, Sidi Abdallah Ben Hassoun, Sidi Ben Acher... Elle appartient à cette mémoire qui se transforme en force motrice, en pulsion d'écriture. Car, explique Abdellah Taïa, « L'écriture me dépasse. Ça me ravit et me désespère à la fois. C'est comme le djinn de l'inspiration dont parlaient les poètes arabes. Je ne veux pas être exorcisé ».
L'impossible séparation Ce lien intime se distille dans « Le Rouge du tarbouche ». Un recueil de nouvelles dont aucune n'a de réelle autonomie. Par touches, par éclairs de mémoire, se créent des correspondances, des jeux de miroir. Comme si la séparation était impossible. Le narrateur dessine une autobiographie plus ou moins fictive. Il joue à se dédoubler et tous les autres personnages auraient pu être lui, grâce à un « va-et-vient d'imaginaires » qui défie toute structure et n'admet que les reflets d'un niveau de conscience à l'autre. Abdellah Taïa ignore la rupture, il se refuse à faire le deuil de « l'éclatement de la Tour de Babel ». « Le chaos névrotique, le chaos des langues » dont il parle, a quelque chose d'un chaos originel où la coupure n'aurait pas eu lieu. Un univers qui ne cesse de bouillonner de genèses potentielles dont aucune n'aboutit. Couper le cordon d'avec la mère, évacuer une religion, une langue, un pays sont autant d'actes impossibles, qui n'ont pas de sens dans l'écriture. Car écrire, c'est se laisser aller à l'invisible visible, à des images d'un autre monde. Fellini disait que le vrai cinéma commence au moment de s'endormir. Proust a commencé « La Recherche » par « Longtemps je me suis couché de bonne heure. Moi, j'écris couché. Je couche mes textes sur le papier ». Ça permet de faire coexister ce que d'ordinaire on oppose, la vie et l'imaginaire, la folie et la sagesse, le groupe et la solitude, le Maroc et Paris, la violence, « celle de ma mère et de la société marocaine » et la douceur… « Dans l'écriture, c'est le regard qui se dédouble, pas la vie », explique Abdellah Taïa. « C'est quand je me suis installé à Paris que j'ai fait un retour vers le Maroc sous forme de nouvelles. Je voyais les gens comme des personnages. Mon écriture n'est pas un témoignage ». Les nouvelles du « Rouge du tarbouche » racontent toutes, dans un style fluide, des histoires simples, des histoires de découvertes et d'émois : Genêt, la sexualité, la folie, le regard des autres, la solitude, Paris… Toutes ouvrent sur un large horizon d'espoirs et de rêves, que les mots, mesurés et dispensés par touches presque pointillistes, laissent deviner. C'est par leurs silences et par le jeu des multiples références au cinéma, à la littérature et à la culture populaire, que « Le Rouge du tarbouche » prend son ampleur. Autant de clins d'œil à tout ce qui a jalonné la quête culturelle de l'auteur. Abdellah Taïa est né à Rabat en 1973. Son père travaillait à la Bibliothèque générale où il reliait les livres. Son enfance, il l'a passée à Salé, à Hay Salam, près de la route de Mekhnès. Là même où se construisait la prison pour les opposants politiques. « C'était un lieu familier. On se promenait tout autour ». Les visites aux saints, les sorties en médina lui ont forgé un imaginaire slaoui. « Rabat, c'était l'autre monde. Et puis Salé a été la seule république au Maroc. Elle a défié les puissances européennes. C'est un mythe que j'ai cultivé consciemment, je m'imaginais en pirate, ça me donnait une liberté utopique… ». Plus tard, c'était la découverte du cinéma. Cinéma populaire avec des films indiens et des films de karaté, au milieu desquels il y avait « quelques perles ». Il lisait des revues de cinéma et envisageait de devenir réalisateur. Il fallait un DEUG pour entrer à la FEMIS : c'est le début d'« une parenthèse littéraire où je me suis attardé ». Il commence à écrire « avec rage », pour prouver que, même issu d'un lycée populaire, il peut faire ces études. Un journal intime, le Cercle littéraire de l'Océan avec trois amis « pour parler, en français, de nos textes », un mémoire sous la direction de Kilito, « littéraire de la tête aux pieds » lui forgent son style élégant. « Maintenant, je suis serein dans l'expression en français, dans l'agencement des phrases. Mais il y a un conflit car c'est une langue qui pourrait partir. Pourtant, je suis bavard, je suis presque ma mère en français, c'est terrible ! » Puis c'est le départ à Paris en 1998, après une escale d'un an à Genève pour un DES sur Proust. C'est avec un « courage inconscient » qu'il contacte René de Ceccaty au « Monde des Livres », qui l'amène à publier ses premières nouvelles. Aujourd'hui, il fait une thèse sur Fragonard mais s'oriente vers le cinéma : il collabore avec Louis Gardel, Fawzi Bensaïdi, Brahim Fritah à des projets de scénarii… Les images germent déjà. Avec sa créativité multiforme et tout en délicatesse, Abdellah Taïa s'annonce comme une des figures de proue d'une nouvelle génération d'écrivains. Dépassant les thèmes qui ont été ceux de ses prédécesseurs, il raconte une autre histoire, un autre parcours, enrichi d'expériences autres, celles de l'émigration, du racisme, de l'homosexualité, etc. Il sera bientôt au Salon du livre de Tanger où il participera le 2 mars prochain à une table ronde avec d'autres jeunes écrivains, dont Mohammed H'Moudane et Abdelkader Benali, installés aux Pays-Bas, avec également Dominique Caubet qui a travaillé sur les jeunes artistes d'origine marocaine installés en France et aux Pays-Bas."
Source: "le journal Hebdo"
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