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Video : les bruleurs du detroit

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mehdibxl
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MessageSujet: Video : les bruleurs du detroit   Dim 10 Fév - 17:49

le reportage de FR3, en deux parties sur les adoléscents qui "brulent" le détroit de gibraltar :

partie 1




partie 2



Et comme il n'y a pas que les ados et gibraltar voici deux autres reportages sur les harragas qui partent depuis le sud du maroc entre LLayoune et Tarfaya, vers les iles canaries
le 1er complet est d'envoyé special, le second est de 2M






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MessageSujet: Re: Video : les bruleurs du detroit   Mer 28 Mai - 9:15

Pas un jour sans que de jeunes Algériens ne perdent la
vie, noyés en mer, dans leur tentative de rejoindre les côtes européennes.
Depuis des mois, ils font la une des journaux indépendants. Dans la région
d’Annaba, décrétée par les médias capitale des «harragas» («brûleurs» de
frontières et d’ordre), la plupart des familles sont concernées. A Maghnia, ce
sont des enfants de 13 ans, dont des filles, qui ont été arrêtés sur le point
d’embarquer. Les enterrements des jeunes morts tournent à l’émeute comme
dernièrement à Tiaret où un ministre fut pris à partie par des jeunes qui ne
comprennent pas que, dans une Algérie aussi riche, des pans importants de la
population tombent en dessous du seuil de pauvreté. Mais ce phénomène, devenu
massif, concernant des jeunes dont les deux tiers occupent un emploi et près de
la moitié est de niveau universitaire, révèle un désarroi sociétal encore plus
grand.


L’Algérie, mobilisée à l’instar des autres pays maghrébins dans la répression
des migrants subsahariens, avait réussi à focaliser la question migratoire sur
ces derniers et à occulter le drame culpabilisateur de ses propres migrants,
faisant de sa répression une «rente géographique» de protection de l’Europe. La
réalité la rattrape aujourd’hui avec violence. Mais ce n’est pas d’aujourd’hui
que les jeunes Algériens fuient leur pays même si désormais ils sont contraints
à le faire plus dangereusement. Au moment même où l’Algérie s’employait à
refouler les migrants africains, les jeunes Algériens étaient, après les
Marocains, la première nationalité africaine par le nombre des expulsés
d’Espagne. Alors, cette réalité n’était pas dérangeante parce qu’elle se
déroulait loin du pays, depuis les côtes des pays voisins. Mais aujourd’hui, les
Algériens ne peuvent plus utiliser les passages fonctionnels et moins dangereux
dans ces pays et sont donc amenés à prendre plus de risques en partant depuis
l’Algérie. C’est un résultat paradoxal de la répression exercée par les
Maghrébins, dont l’Algérie, contre les migrants subsahariens. Des familles ont
interpellé le gouvernement pour les morts suspectes de leurs enfants au large,
voire à l’intérieur des prisons, de la Tunisie et de la Libye. Tripoli détient
selon un rapport de la Frontex (agence européenne pour le contrôle des
frontières), 60 000 migrants dans ses prisons dont un millier de Marocains.
Après avoir fait décréter des fatwas par les imams officiels assimilant les
«harragas» à des apostats s’adonnant au suicide collectif, puis avoir prévu
contre eux des peines de prison allant jusqu’à cinq années, le pouvoir algérien
prend la mesure d’un phénomène qui, plus que l’opposition et les mouvements
sociaux cassés par la répression et le débauchage permis par la rente
pétrolière, menace de le déstabiliser. Pourtant il ne tombe pas du ciel. Si les
jeunes Algériens ont recouru plus tardivement aux formes «aventureuses» de cette
migration, c’est tout simplement parce qu’ils disposaient d’un exutoire
migratoire supplémentaire tenant aux liens tissés avec l’ancienne métropole.
L’Algérie a eu la plus importante communauté émigrée en France (où se trouvait
alors l’essentiel de l’émigration maghrébine en Europe) et qui a permis des
opportunités de migration grâce notamment aux stratégies familiales et
matrimoniales. Par ailleurs, il y a une interpénétration plus forte entre les
sociétés algérienne et française offrant des interstices de mobilité aux
individus dont l’acquisition de la double nationalité. La fermeture des
frontières françaises à l’immigration a donc été mieux amortie, et sur un temps
plus long, par la société algérienne. C’est ce qui explique que l’immigration
algérienne fonctionne encore dans un «couple migratoire» avec la France (97 %
des immigrés algériens en Europe sont en France) à la différence des immigrés
marocains qui forment une véritable diaspora dispersée à travers l’Europe car
n’ayant pas eu cet exutoire, ont du plus tôt se frayer d’autres chemins, le plus
souvent irrégulièrement. Jusqu’en 2000 alors qu’il y avait respectivement 150
000 Marocains en Espagne et 150 0000 Tunisiens en Italie, les Algériens
représentaient moins de 10 000 immigrés dans chacun de ces deux pays. Or, cet
exutoire s’est tari avec le temps car les stratégies matrimoniales ne peuvent
plus participer à la reproduction de la mobilité vers la France : les femmes
algériennes ont maintenant, le même taux de fécondité que les femmes françaises
et mettent donc moins de jeunes sur le marché matrimonial, mais surtout les
jeunes issus de l’immigration se détachent des stratégies communautaires. Alors
que les Portugais continuent à pratiquer pour l’essentiel un mariage dans leur
communauté, la moitié des jeunes Algériens et le tiers des jeunes Algériennes se
marient en dehors de la leur même si les médias véhiculent surtout les images de
filles mariées de force au «bled».
L’épuisement de cet exutoire intervient au moment où l’Algérie est rattrapée
par la régression sociale. Plus que la pauvreté qui gagne le pays, c’est le
creusement des inégalités, rapidement, qui déstabilise l’ensemble d’une société
qui y est moins habituée que ses voisines. Plus que le rigorisme moral imposé
aux jeunes et même plus que l’absence de démocratie, c’est la déliquescence du
sens de l’Etat et la certitude qu’il n’existe plus de contrat social, même
injuste, qui alimente le sentiment d’insécurité et souffle un vent de panique
sur les couches moyennes. Or ce sont elles, en Algérie comme ailleurs, qui
fournissent, aujourd’hui, la part importante des aspirants à la migration. Ce
phénomène est paradoxalement exacerbé par l’interdit de mobilité dont sont
frappés les jeunes Maghrébins alors que ces flux, malgré leur forte charge
symbolique et émotionnelle, restent minimes (moins de 1 400 jeunes Algériens ont
débarqué en Sardaigne, leur première destination, pendant le pic des neuf
premiers mois de 2007) et que leur répression est contreproductive. Celle-ci
renforce plutôt la pression migratoire aux portes de l’Europe et la fixation
précaire de ceux qui ne peuvent plus repartir. Plus on ferme les frontières,
plus les migrants s’installent alors que l’ouverture facilite la circulation
comme ce fut le cas pour l’Est. Un million d’Algériens, par an, se rendaient
librement en France lors des années 80 sans que l’on ait à s’inquiéter de
«l’immigration clandestine» alors que la question des mobilités est devenue,
aujourd’hui, le dossier noir des relations euroméditerranéennes : sur le seul
canal de Sicile, passage privilégié des Algériens, le nombre de morts était de
302 en 2006. Il a atteint le chiffre de 502 dans les neuf premiers mois de 2007.

Le projet d’Union pour la Méditerranée pourra t-il avoir une viabilité alors
que la mort continue à creuser le fossé entre ses deux rives ? A-t-il un sens
sans l’instauration au Sud d’un Smic démocratique et de juste gouvernance qui
puisse réduire l’autisme de régimes qui contraignent leurs enfants au suicide ?


source : liberation
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